Afin de vous mettre dans le bain je vous propose d'aller voir là.
Il s'agit d'une émission de France cinq qui a pour objet le documentaire de Christopher Nick "L'école en France".
Je ne l'ai pas encore vu, mais "Arrêt sur image" en donne un avant goût. Le premier extrait montre les larmes d'un petit garçon face à son enseignante qui lui demande justement, la définition du mot "extrait". Il ne sait que répondre, elle réitère sa question, Grégory finira en larmes. Sa détresse est visible, cette pression de l'adulte semble intolérable. Et ce qui est curieux, c'est qu'elle frappe les représentants de l'éducation nationale sur le plateau. "Nous avons envie de détester l'enseignante" dit Martine Storti inspectrice de l'éducation nationale. Un bien curieux commentaire, quand on a vu cette enseignante : quel crime a-t-elle donc commis qui ne soit habituel dans le milieu scolaire ? Ne fait-elle pas ce qu'on lui a appris à faire ?
Ne croit-elle pas en l'école, et sa mission de service public ? N'est-ce pas avec les meilleures intentions qui soient qu'elle agit de la sorte dans sa classe ? J'ajoute qu'elle a vu le documentaire avant sa sortie, qu'elle a demandé quelques modifications, et qu'elle a laissé en toute bonne foi ces scènes où on la voit clairement juger, évaluer, reprendre, insister à coup de pourquoi ! C'est bien qu'elle pense faire son travail correctement, au mieux. L'a-t-on vu crier ? frapper ? punir ?
J'ai envie de dire que son fonctionnement est tristement banal dans l'éducation nationale, et j'ai subitement eu l'impression qu'elle était vue comme une institutrice maltraitante, que l'on stigmatise. Elle est un bouc émissaire un peu facile, et elle n'est surtout pas responsable des défaillances de l'école. Elle y participe, mais je trouve un peu fort que cette femme devienne une cible. Quoique me direz-vous nous pourrions nous réjouir que subitement l'opinion publique soit sensible à de telles atteintes à la dignité des enfants, qui sont assez subtiles la plupart du temps et passent inaperçue à la majorité d'entre nous.
Mais que diriez-vous si je vous disais qu'il y a encore des enseignants qui frappent, qui humilient, que le piquet est encore pratiqué et ce dés la maternelle, que la sanction est de mise, non seulement pour des raisons de comportement, mais aussi de manque de travail, ou de "mauvais" résultats. Ce serait probablement la révolution ! C'est un peu ironique vous l'aurez compris.
Quand je vois que la plupart des parents avec lesquels je suis ne contact ont du mal à faire valoir le droit de leur enfant à ne pas être maltraité, frappé, insulté, humilié. Je m'interroge sur cette conscience nouvelle des difficultés que les enfants rencontrent à l'école.
Et puis quel est donc ce tribunal populaire qui se trompe de coupable ?
J'ai trouvé l'institution fort peu courageuse face à ses lacunes. Les commentaires, les chiffres parlent et accablent le système scolaire français, à la traîne des pays occidentaux, nous détenons par exemple le triste record du stress scolaire (une étude faites par l'ocde a été cité pendant les extraits diffusés). Pour ce qui est de l'acquisition des connaissances nous ne sommes pas mieux lotis. Tout ceci reposerait sur les frêles épaules de Véronique ?
Il serait bien difficile pour l'institution de voir à quel point elle a laissé ses enseignants faire face à des situations inextricables qu'ils ne savent pas gérer. Chacun applique dans sa classe un peu de ce qu'il est, de son vécu d'enfant scolarisé, les enseignants sont bien souvent seuls face à des élèves qui cumulent les difficultés. Seuls et sans soutien, coincé par une administration convaincue qu'il y a de "bons" et de "mauvais" enseignants, qu'il y a ceux qui ont une autorité naturelle, et ceux qui se "font bouffer".
Les uns tiennent à coup de contrôle, de menaces, les autres finissent dans les maisons de repos de l'éducation nationale.
Car si nous détenons le record du stress scolaire pour les enfants, je ne serais pas très étonnée que nous détenions aussi celui des adultes au sein de tous les établissements scolaires. Comment dans de telles conditions nos enfants pourraient-ils se connecter avec le plaisir d'apprendre ?
Que leur apprend l'école ? Quel est le message dominant ? Que deviendront-ils ?
On leur apprend le non respect, car ils ne sont pas respectés, on les oblige à apprendre sans joie, ils ne peuvent à aucun moment assouvir leur curiosité naturelle, il n'y a qu'une seule bonne réponse, les autres sont rejetées, évaluées, ils apprennent qu'ils ne peuvent pas se faire confiance, ils ne peuvent pas non plus faire confiance aux autres, pas plus aux enfants qu'aux adultes, leurs émotions et sentiments ne sont pas écoutés, (l'enseignante qui demande à l'enfant pourquoi il pleure, c'était un crime peut-être mais ne me dites pas que cela ne vous ait jamais arrivé avec vos propres enfants, avant d'avoir conscience que ce n'est pas la réponse à la question pourquoi qui est importante, c'est l'accueil et l'acceptation de ce qui s'exprime qui le sont.) Ils sont manipulés dans le but d'obtenir des résultats, les études deviennent une fin et plus un moyen, on ne s'intéresse pas à leurs rêves, à leurs projets, ils sont même dévalorisés à l'occasion.
A l'école on ne peut pas utiliser le vecteur le plus simple et le plus efficace de l'apprentissage : le jeu. Pas question de jouer plus de 30 minutes en récréation, si on inversait la vapeur 4 heures de jeu et 30 minutes axées sur la théorie de ce que l'on a appris dans le jeu libre. Le visage du monde de demain en serait bouleversé !
L'éducation nationale a rendu la pédagogie complexe, inaccessible, difficile, alors qu'elle n'est "qu'une" question d'écoute des enfants...et des enseignants ! L'école engendre la situation la moins propice à l'apprentissage qui soit.
Enfin pas toujours, il y a les gens comme Sylvain, qui sont quand même peu nombreux, il y a les maltraitants qui sont passibles des tribunaux (je ne crois pas qu'ils soient plus nombreux que les précédents), et il y a les milliers de Véronique L, qui sont de façon routinière et invisible (sauf cette fois) oppressifs quotidiennement avec les enfants.
Je sais que le problème est complexe, et si je me permets de faire une proposition fantaisiste c'est uniquement par provocation. En attendant, si nous pensons que nos enfants vont trouver demain des solutions aux problèmes qui surgissent (je pense notamment aux pbs d'environnement) en étant formé par l'école, je crois que nous nous trompons, je ne pense pas que l'école forme des individus créatifs, qu'elle fasse en sorte que l'intelligence se révèle, pour le moment elle enferme, et formate à de rares exceptions près si on considère que chaque enfant a un grand potentiel d'intelligence d'une grande souplesse, et que ce potentiel est un trésor à faire fructifier si nous voulons que demain nos petits-enfants aient des conditions de vie acceptables. Nous sommes tous coresponsables de cet état de fait, et tous nous pouvons agir afin que nos enfants grandissent dans le respect.
Merci à Christophe Nick d'avoir rendu visible cette oppression réitérée, cette oppression ordinaire lourde, qui peut faire de la vie d'un enfant un enfer.
Catherine Dumonteil Kremer
Dimanche 7 mai 2006
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ça fait assez longtemps que j'ai envie de vous parler de pédagogie, et là j'ai une occasion de le faire, mon amie Agnès O revient du colloque sur le thème de l'apprentissage autonome à Reims, elle m'a donné des liens sur la pédagogie Montessori que je trouve très intéressant. Parlons donc un peu de cette pédagogie si vous êtes d'accord.
Je vais le faire sur le mode du témoignage puisque j'ai suivi une formation de trois années pour comprendre, manipuler, et fabriquer le matériel Montessori. Au départ c'était vraiment quelque chose de miraculeux pour moi, j'étais emballée. Ma fille Agathe avait sept ans, je démarrais la non sco, et je me formais tout en fabriquant un matériel qu'elle dédaignait la plupart du temps.
Mais moi j'adorais ça, en plus je comprenais des notions scolaires qui m'avaient toujours échappées. Que serait devenue ma scolarité si j'avais dés le départ utilisé un tel matériel qui isole les difficultés, qui associe chaque notion avec une action concrète, qui ne piège pas l'enfant puisqu'il peut s'auto-contrôler à tout moment. Ainsi c'est par rapport à mes propres carences que j'ai imaginé les besoins de ma fille, non avec une perspective juste. Je sais qu'elle existe cette perspective puisque je finis par la trouver en travaillant sur moi, et en accumulant les expériences avec mes enfants, en les observant.
Notre formation était quasi religieuse, il fallait respecter toutes les règles données, au risque de rater quelque chose, et nous étions tous très inquiets à cette éventualité, en particulier la première année. Le matériel était soigneusement étudié, il fallait qu'il soit parfait et beau pour attirer l'enfant, ensuite il fallait lui présenter l'activité à faire une seule fois, à lui par la suite de s'entrainer pour retomber sur l'action juste, son inconscient s'imprégnant progressivement de toutes ces actions, nous pouvions passer aux différentes conventions plus tard, lorsqu'il maitrisait certaines notions. Je vous passe les détails, la liste serait bien trop longue.
Aujourd'hui, j'ai fait quelques progrés sur ce plan, je trouve toujours cette pédagogie très efficace, et en même temps pas adaptée à des enfants qui apprennent de façon autonome, c'est à dire sans méthode justement. Les enfants ont une envie naturelle d'apprendre qui va durer toute leur vie, ils commencent par poser beaucoup de questions, ils sont en mode enregistrement sans arrêt et écoutent toutes nos conversations, ils vivent des tas d'expériences qu'ils mettent en oeuvre eux-mêmes, ils jouent, et leur cerveau tourne en permanence.
Lorsque l'école intervient dans leur vie, ce processus naturel est complètement déformé. L'apprentissage devient assez vite une contrainte, ils ne peuvent plus apprendre seulement ce qui les passionne, il y a d'autres choses, et les voilà entrain d'essayer de se forcer à apprendre ce qui est totalement contre productif.
Apprendre ça se fait avec plaisir et passion, parce que c'est nécessaire pour la réalisation d'un projet, ou pas du tout.
En plus il y a l'évaluation qui planne au dessus de la tête de nos enfants, le contrôle, ça mériterait un article à part entière ! Et la souffrance de se sentir moins, moins bien, faible, pas à la hauteur ! Les ennuis commencent alors que cette intelligence toute neuve qui fonctionnait si bien était prête à apprendre avec un grand élan d'enthousiasme. C'est là qu'intervient la pédagogie ! Elle sait réparer quelquefois les défaillances de l'école, mais au départ on en n'aurait pas besoin, si on ne projetait pas nos propres vécus scolaires sur nos enfants, si on ne se faisait une idée erronée de leurs besoins en matière d'apprentissage.
Dans ce cadre-là ou pour répondre à un questionnement qui nous dépasse, je dis mille fois oui à Montessori ou à toute autre méthode, en même temps je crois utile de ne pas perdre une énergie précieuse pour fabriquer du matériel sans aucun intérêt (enfin selon mes critères). Pourquoi se donner tant de mal avec le domaine vie pratique ? Les cadres de boutonnage et autre, un enfant qui vit dans une famille quelle qu'elle soit n'aura-t-il pas l'occasion de faire l'expérience du boutonnage (sur lui même d'ailleurs, le cadre ne lui enseigne pas la même chose). Il fera aussi celle de l'épluchage, du lavage des mains, etc... S'il vit dans sa famille, il parviendra à acquérir tout cela très naturellement sans matériel ! C'est quand même le premier choix en matière d'apprentissage !
Si vous êtes un fana de Montessori vous vous êtes probablement rendus compte que son matériel de math est vraiment très spécial, c'est ce qui m'a le plus attirée d'ailleurs. Mais il y a d'autres éléments, et principes qui sont intéressants. On en reparlera, d'ailleurs peut-être dans Ressources Parents (Comment ? Vous n'êtes pas encore abonné ? lol vous avez le temps de réparer cette erreur ;-)))
Avec internet vous avez aujourd'hui ce que je n'avais pas à l'époque de ma formation. Des sites, du matériel en photo, des tas d'explications d'expériences, des listes de discussion...
Les derniers liens dont Agnès m'a parlé sont particulièrement intéressants, et soutenant pour les parents qui se lanceraient dans une telle aventure et pour ceux qui ne savent pas trop comment expliquer à un enfant qui demande quelque chose qu'ils n'ont eux mêmes pas vraiment saisi. C'est l'occasion d'apprendre ensemble finalement !
Vous y trouverez du matériel à imprimer gratuitement, une aide en ligne pour fabriquer le matériel, ce sont de véritables mines d'or en anglais, mais bien franchement je suis sûre que vous avez de beaux restes de cette langue, il suffit de s'y remettre un peu et c'est gagné !
http://groups.yahoo.com/group/montessorimakers/
Sur cette liste vous allez trouver un tas de ressources concrètes, et un soutien à la flylady pour fabriquer le matériel. Il y a des liens sur d'autres, notamment montessori share, ça parle tout seul un titre pareil. Aller dans la rubrique fichiers si vous voulez du matériel tout fait.
Autre site où on trouve du matériel gratuit à imprimer
http://www.montessorimaterials.org/index.htm
C'est classé par matières et c'est vraiment passionnant, il n'y a plus qu'à imprimer en fonction des demandes de vos enfants, cela évite quand même de se casser la tête avec la pédagogie et de se sentir à l'aise quand les petits posent des questions.
Vous allez trouver des tas d'autres liens sur ces deux sites. Amusez-vous ! Moi ça me donne l'occasion de revenir sur des choses oubliées, ou jamais apprises, j'aime bien finalement maintenant que je n'ai plus de pression y revenir, en particulier en botanique, je n'y connais rien, et je me rends compte que je prends plaisir à faire un lien entre la nature qui m'entoure et les fichiers montessori de botanique.
Bonne journée !
Catherine Dumonteil Kremer
Mardi 25 avril 2006
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"Zagazou" de Quentin Blake est sûrement un des meilleurs bouquins sur l'éducation non violente que je connaisse. C'est un album au format littérature jeunesse, je n'ai pratiquement rien trouvé de mieux pour expliquer ce qu'est un parent, ce qu'il peut faire...
Les personnages Georges et Bella sont un jeune couple très amoureux, ils jouent ensemble, mangent ensemble, font tout un tas de trucs côte à côte, quand ... Subitement un paquet arrive par la poste, de cette boîte surgit Zagazou, qu'en faire ? C'est un mystère...
Je vous passe les détails mais Zagazou se transformera tour à tour en vautour hurlant, en éléphant destructeur, laissant ses parents sans voix, à la fois surpris et désespérés.
Ce que je trouve amusant dans ce livre c'est que c'est un reflet de ce que nous pourrions vivre avec nos enfants, en gros ne pas trop nous inquiéter et attendre que les choses changent.
A la fin, zagazou se tranforme en grand singe velu, ses parents sont complètement au bout du rouleau, inquiets et effrayés, et puis un matin il se lève, il est devenu un être humain sociable, aimant, qui rencontre une fille à son tour, pendant que les parents eux se sont métamorphosés en pélicans !
J'aime beaucoup ce livre, et vous le trouverez sûrement en bibliothèque, il ne date pas d'hier !!!
Catherine Dumonteil Kremer
Samedi 8 avril 2006
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05:33
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Oui, oui, vous avez bien lu, les fil de feristes !!! Qu'est-ce qui m'a inspiré ce titre, c'est sûrement le psectacle que j'ai vu à Paris avec Coline lors du tournage des maternelles sur le soutien parental.
Je vous en reparlerai de cette merveille (je veux dire, du spectacle pas de l'émission) ! Mais en attendant, hier, grâce au soutien d'une de mes chères amies, j'ai pu entendre une émission de télé sur le sommeil des bébés par téléphone (oui, vous ne le savez peut-être pas, mais nous avons perdu une télécommande ce qui nous "prive" de télé depuis des mois.) Et en écoutant les recommandations du pédopsy, je me suis dis, bon sang quelle énergie il faut y passer !!!
Toujours la même routine tous les soirs, surtout ne pas faire l'impasse sur un soir, les semaines de travail antérieures seraient fichues ! Surtout rester ferme, et veiller à ce que l'enfant s'endorme seul dans le noir, attention, vous êtes sur un fil de fer, l'équilibre est précaire, à tout moment vous pouvez tomber d'un côté ou de l'autre (lire à ce propos "Avez-vous peur du noir ?"). En plus, la chute sera terrible, vous serez vus comme de mauvais parent qui ont "cédé", c'est un joli terme "céder" vous ne trouvez pas ? Ceci dit il est sacrément mal vu. Alors d'après ce monsieur, il faudrait absolument arrêter d'allaiter la nuit à trois mois, sinon vous serez ennuyés avec des nuits entrecoupées. Vous devez éviter de courir dés que votre enfant vous le demande en particulier la nuit... enfin si vous voulez dormir, apprêtez vous à grimper sur le fil de fer, mettez -vous en tension, et essayez pendant des années de ne pas tomber.
Ah mais c'est qu'il faut se contrôler pour ne pas vaciller, il faut rester ferme, droit, rigide. "Maman je veux un bonbon", "Non mon chéri, il faut que tu attendes quatre heures, les bonbons c'est à quatre heures pas avant" et le message interne est souvent celui ci "je lui ferai bien plaisir mais ce serait une énooooooooorme bêtise, ça fait des mois que j'essaie de contrôler son régime alimentaire, je ne vais pas tout fiche parterre aujourd'hui pour un malheureux bonbon quand même !"
Le fil de fer on peut le pratiquer dans tous les domaines de nos vies, et au niveau éducatif tout est possible. A la condition que NOUS ayons le contrôle, pour le garder il va falloir utiliser des systèmes punitions, récompenses, menaces diverses, etc...
Voilà ce que je trouve le plus grave dans cet exercice périlleux, c'est que l'on entraine notre enfant avec nous quel que soit son âge.
Vous imaginez un bébé de trois mois faisant du fil de fer ? Et bien c'est pratiquement ce qu'on lui impose quand on l'oblige à faire l'impasse sur ses besoins alimentaires la nuit, on le contraint aussi à faire l'impasse sur ses besoins affectifs, il sera si désespéré qu'il finira par ne plus nous appeler, et nous serons satisfait, il aura appris à faire un pas sur le fil de fer. Avec nous en support en quasi permanence, comment pourrait-il le faire seul ?
Il faudra bien lui rappeler la routine de temps à autre, car il arrive que les enfants ne démissionnent pas et qu'ils veuillent descendre du fil de fer et vous entraîner avec eux pour aller courir librement ! Il arrive qu'ils piquent de véritables crises de colère contre nous, il leur arrive même de dire ce qu'ils sentent quand ils commencent à parler. Ils apprendront bien vite malheureusement que s'ils veulent garder notre amour , il leur faudra apprendre à se contraindre à rester sur ce fil, au moins tant que nous seront derrière eux à contrôler tout ce qu'ils font et ne font pas... Du coup ils apprendront à SE contrôler, comment auraient-ils le temps et la sécurité nécessaire pour apprendre les sentiments des autres. On n'a pas que ça à faire quand on marche en équilibre, on se préoccupe de ne pas tomber pour correspondre à l'idéal parental. Tout le monde est tendu dans la famille, mais un jour peut-être, tout marchera comme sur des roulettes ! Pour le moment les accidents sont fréquents, et il faut tenir, tenir ferme, tenir, surtout ne pas céder !
C'est ainsi que les enfants sous contrôle grandissent comme les autres, inexorablement. Arrivé à l'adolescence un regain de révolte peut surgir, ou plutôt un regain de sensibilité, ils sentent de nouveau la douleur que génère le fil large épais rugueux sous leurs pieds. Ils ont pourtant presque oublié qu'ils pouvaient courir librement ! Mais cette douleur engendrée par le manque de confiance, une estime de soi moindre, une impossibilité de décider pour soi, de faire ce que l'on désire, d'apprendre ce qui nous attire, la douleur accumulée depuis des années parce que nos besoins vitaux n'ont été que partiellement entendus, elle se manifeste fort de nouveau, et on perd l'équilibre parfois... Certains essaient de tenir sans sentir, en prenant des drogues ou des médicaments, en se jetant à corps perdu dans le travail, ou dans une activité valorisante... La plupart resteront en équilibre sur le fil, la corne sous les pieds leur permettra de ne plus sentir, de vivre à moitié, de faire la même chose pour leurs enfants !
Conclusion : descendez vite de là haut, si vous ne voulez pas vivre à moitié, si vous considérez votre enfant comme un être humain à aimer, à soutenir et pas comme un petit ennemi (aimé, tant aimé pourtant) dont il faut maîtriser le comportement. Vous avez le vertige ? Vous ne savez plus comment descendre ? Il y a un filet de sécurité, essayez de ne pas avoir peur. ça ne vous fait pas envie ce qui est en bas ?
Vous savez que ceux qui sont en bas ont eu autant de difficultés que vous à descendre, mais maintenant ils ont retrouvé la sérénité, la confiance, la tranquillité ! Et les enfants qui ne sont plus sous contrôle, que l'on protège tout en leur faisant confiance, sont enfin responsables d'eux mêmes, quel soulagement vous ne trouvez pas ?
Vendredi 7 avril 2006
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