L’alimentation, une question d’équilibre ?
J’ai fait pas mal de diététique pendant mes études, en ne tenant jamais compte de ce que j’apprenais pour moi-même. Quand j’étais étudiante aux boîtes de cassoulet succédaient les boîtes de choucroute, les sandwichs, de temps en temps les restaurants pour des repas un peu spéciaux et toujours bien trop abondants.
J’ai une culture familiale du restaurant assez présente. Mes parents nous y emmenaient mon frère et moi très régulièrement, parfois tous les dimanches. Et lorsque nous partions en vacances mon père n’oubliait jamais son sacro saint guide michelin, et il sélectionnait soigneusement l’endroit où nous prendrions nos repas gastronomiques.
J’aime manger, et je reproduis le modèle familial d’un certain point de vue, je vis avec un homme pour lequel le guide michelin est une publication des plus sérieuses, il prépare des mets raffinés en plus !
L’équilibre alimentaire en théorie
A l’université j’ai appris ce sacro saint équilibre alimentaire, les 8 groupes d’aliments, cela a sûrement évolué depuis d’ailleurs, les glucides, les lipides, les protides, les vitamines et les minéraux. Il y avait les sucres simples et les sucres complexes, rapides et lents, ceux qui avaient la capacité de se transformer en graisse (je connaissais cela par cœur !)
Je peux dire que j’étais quelqu’un de très informé, et pourtant cela ne m’a jamais empêché de manger à peu près n’importe quoi.
Mon premier enfant
Quand mon premier enfant est arrivé, Agathe, je me suis sentie investie d’une mission spéciale, je voulais ce qu’il y avait de mieux pour elle, hors de question de lui faire partager mon cassoulet WS, il lui fallait des petits plats faits maison.
Elle n’a pas été allaitée et à trois mois, sur recommandation du pédiatre, elle a mangé sa première compote (faites par son papa). Le pédiatre me donnait chaque mois une feuille sur laquelle tout était inscrit, ce que je devais lui donner à manger, les vitamines, la qualité du lait (s’il fallait en changer) et tous les mois j’appliquais à la lettre ses recommandations, j’aurais eu bien trop peur de mal faire en m’en écartant d’une quelconque manière.
A cette époque j’avais pas mal d’amis sortis de la fac de médecine qui était entrain de faire leurs premiers remplacements, ou de s’installer, la feuille du pédiatre a largement circulé parmi eux, ils la voulaient tous. J’avais fait des photocopies des recommandations de mon médecin et elles ont nourris les débuts de tout un tas d’autres qui n’avaient pas d’expérience en la matière.
J’ai fini par acheter un appareil qui me permettait de cuire et de mixer des repas pour ma fille.
Des repas sains, correspondants aux critères de l’équilibre alimentaire.
Les miens étaient décidément toujours aussi peu « nutritifs » sur le plan physiologique, ils étaient ce que je pourrai appeler des nourritures affectives.
A ce moment-là je prenais les décisions et ma fille mangeait, en général elle aimait ce que je préparais, je ne la forçais pas, mais j’avais dans l’idée que mon rôle était de veiller à son alimentation. Une anecdote à ce propos : Je ne voulais pas qu’elle mange du sucre, et elle était gardée par ma voisine de palier. Un soir je rentre chez moi, je vais récupérer mon bébé qui devait avoir aux alentours de six mois, et je la vois avec un carambar dans la bouche.
J’ai poussé un cri indigné ! Par la suite la nounou fit en sorte qu’Agathe au moment de partir n’ait plus de bonbons à la main, mais malgré mon interdiction elle continua de lui donner des bonbons, elle en donnait à son fils et trouvait cruel d’exclure ma fille de sucreries dont elle ignorait l’existence et le goût avant de la connaître.
J’aurais trouvé tout simplement hérétique de la laisser choisir des aliments en fonction de ses besoins. Cela ne me serait même pas venu à l’idée.
Coline m’apprend la relation d’allaitement.
Avec ma deuxième fille j’ai expérimenté l’allaitement, et déjà ma manière de la nourrir est devenue très différente, je crois que j’étais plus à l’écoute de ses besoins, bien qu’encore taraudé par la diététique !
Avec Claire, j’ai appris à ne plus nourrir mon enfant mais à le laisser contrôler ce qu’il ingère, à le laisser choisir.
Ecouter son corps ?!!!
J’ai commencé par me dire qu’il fallait que je fasse évoluer mon alimentation. Une de mes amies m’avait dit qu’elle trouvait qu’en matière d’alimentation elle ne faisait rien de systématique, elle s’écoutait, elle essayait de voir quelle était la réponse de son corps à certains aliments, elle voyait une différence selon que l’aliment était pris froid ou chaud, par exemple. C’était un monde à découvrir pour moi qui mangeait de façon systématique, en choisissant mes plats en fonction de la culpabilité que j’entretenais à cause de ce que j’avais appris, et aussi en fonction du plaisir que j’avais à les avoir en bouche.
Ce qui se passait après le repas, j’y étais habituée, c’était naturel, j’étais ballonnée à moitié endormi par un trop plein, ou bien j’étais prise d’une crise subite d’hypoglycémie ! J’étais très rarement bien dans ma peau après un repas… Force m’était de constater que je ne tenais pas énormément compte de mes ressentis et même que je les avais perdus de vue depuis longtemps !
Un équilibre parfait et subtil
Par contre pour ce qui était de mon enfant, tout cela était parfaitement en état de marche, sa sensibilité aux aliments, son attirance pour tel ou tel fruit ou légume, avait un sens. C’est cela que j’avais enfin compris ! Mon rôle de parents c’était de me procurer des aliments variés, celui de mon enfant c’était de se laisser attirer par un aliment ou un autre en fonction de ses besoins. J’en ai fait des constatations très éloignées de ce que j’avais appris.
Mon enfant mangeait à n’importe quelle heure en fonction de ce qu’il sentait, à l’âge du bambin il mangeait peu, et avait tendance à sauter des repas, il faisait plusieurs petits repas. Il était très vite rassasié. Il avait également tendance à vivre des monodiètes, je l’ai vu manger du raisin seulement, ou des pommes, ou de la viande…
Moi qui était persuadé qu’un enfant n’avait pas à manger de viande avant un certain âge, j’étais surprise de l’attraction que ma dernière fille avait pour cette catégorie d’aliment.
Je n’en faisais pas un centre d’intérêt et je la laissais se servir dans mon assiette ou ailleurs ! Je n’ai jamais rien préparé spécialement pour elle, je la laissais gérer cela pour elle même. Elle a tété plusieurs années, tout en mangeant à son rythme ce que lui dictaient ses besoins.
J’ai été très inquiète à un moment donné, à deux ans le sein représentait 90 pour cent au moins de ce qu’elle ingérait, je me demandais si c’était normal, si je n’étais pas entrain de faire une monumentale erreur, et puis j’ai compris et senti que c’était bon pour nous ce fonctionnement.
Bon pour elle qui n’était contrainte à rien et qui mangeait des tas de choses sous une forme qui m’aurait repoussée : haricots verts crus, pommes de terre crues également, pâtes froides, etc… Elle a fait des expériences en fonction de son odorat, de ses besoins, cet équilibre alimentaire que j’avais mis des années à ingurgiter dans mes cours elle le maîtrisait parfaitement pour elle même.
Ça maaaaaaaaarche !
J’ai cessé de m’inquiéter lorsque j’ai accepté de me faire confiance, elle était magnifique, pleine de vie, son corps fonctionnait à merveille !
Bien sûr il lui arrivait souvent de manger en dépit des canons de la nutrition, des kgs de mandarines, des barquettes entières de kiwis, de la viande, de la viande et encore de la viande, mais elle semblait très connectée à ses besoins, d’une manière spontanée et inconsciente.
Ma conclusion c’est que nous pouvons entraver très facilement le processus de l’offre et de la demande présent naturellement chez tous les enfants en faisant de la prise des repas un enjeu, une bataille, en nous imaginant que nous avons quelque chose à faire pour établir un équilibre externe, en punissant et récompensant d’une manière ou d’une autre lorsqu’il s’agit de repas, en nous servant de nourriture comme d’un anxiolytique, il est très facile de détruire cet équilibre déjà présent.
Là je pense que nous avons tous un travail à faire sur les repas pendant notre enfance, l’atmosphère de ces derniers, comment nous avons été nourri et peut-être forcés …
Au bout de ce travail il y a une tranquillité, une paix, immense, plus de guerres autour des repas, nous avons confiance en nos enfants pour nous indiquer quels sont leurs besoins.
Alors l’alimentation, n’est-ce pas plutôt une question d’équilibre psychologique ?
Bon courage à tous. Et bon appétit !
Catherine Dumonteil Kremer
J'ai passé cinq jours chez ma soeur spirituelle, "mon dieu, quel bazar" (là je cite une mère qui était venue chez moi, j'avais passé plusieurs heures à ranger avant sa venue lol !).
C'est pire chez ma soeur que chez moi quand même, quoi ? Vous en doutez ? Vous êtes déjà venus chez moi... Vous avez raison, on a quand même plus de mal à voir son propre foutoir, on s'y habitue, on y est presque attaché, on ne le voit plus...
D'accord, je ne suis ni organisée, ni ordonnée ! Elle non plus et ça me rassure.
Cette fois-ci j'ai fait un constat intéressant chez mon amie. J'ai remarqué que notre bazar est très différent. Elle garde tout, partout et dans tous les coins, il y a des objets cassés, en panne, en attente de réparation.
ça fait un bail qu'on se connait avec ma presque soeur et j'ai eu le temps d'être agacée intérieurement par ses trucs de conservation qui bloque en définitive toute tentative de rangement. J'ai traversé une période d'indifférence, et puis là j'ai réfléchis, et j'en ai tiré quelque chose de très intéressant pour nous les parents.
J'avais déjà remarqué que les familles chez lesquelles tout est nickel on a du mal à accepter l'imprévu, les visites des copains qui viennent avec leurs enfants qui mettent le bazar partout par exemple, les coups de fil des copines en pleurs qui demandent deux heures d'attention, la liste pourrait s'avérer longue...
Quand on est organisé et que tout est planifié on suit le plan, alors que le bordélique désorganisé a une forte tendance à suivre les êtres et à se laisser déborder d'ailleurs parfois par sa tendance au papillonage, art dans lequel il excelle ! C'est un papillon le désorganisé, jolie image n'est-ce pas, il butine les fleurs une à une, et il meurt lol...
S'il y a un juste milieu ma soeur et moi, nous avons beaucoup de mal à le trouver.
L'autre chose, celle que j'ai trouvée lors de ma dernière visite chez elle, c'est que tous ces objets qui traînent en attente de rénovation, ils en apprennent beaucoup à ses enfants. Ils sauront réparer, cela ne fait aucun doute pour moi. Ils connaitront l'aspect technique de certains objets parce qu'ils s'y seront confrontés. Ils auront vu leur mère se décarcasser pour tenter d'ajouter un ventilateur à une colonne d'ordi alors que ce dernier n'a pas de système de fixation. Et oui en plus elle aime la difficulté ma soeur ! Ce n'est pas au premier obstacle qu'elle va baisser les bras !
ça aussi c'est une école, le voir, l'observer, le sentir, le comprendre, savoir qu'on peut mais qu'il y a des obstacles et que ce n'est pas pour autant que l'on doit se décourager. C'est si important dans la vie d'une personne.
Sans compter qu'aujourd'hui ça a un côté écologique très important, ne pas jeter mais réparer. J'ai une grande admiration pour les femmes qui savent se confronter à l'ensemble des objets qui les entourent (et j'en profite pour rendre hommage à celle qui m'a un jour conduite dans sa voiture qui démarrait à l'aide d'un simple interrupteur qu'elle avait elle-même installé), moi je me contente souvent de demander à mon compagnon (attitude des plus sexistes, je sais, je sais, mais que faire !!!) qui n'en sait pas plus que moi !
Je trouve aussi très important de transmettre cette forme de message à nos enfants, tout est réparable, et réutilisable, et en plus on apprend beaucoup avec ce style de réflexe.
Autres idées, images, qui me viennent à l'esprit : je connais un père qui ouvre systématiquement avec ses enfants les objets en panne, pour les observer, les bidouiller, du coup c'est un peu pédagogique, c'est une idée à récupérer en tout cas. On peut y ajouter celle de réparer l'objet, chercher à lui donner une deuxième vie. Là on y ajoute un véritable objectif pour la famille.
Garder, réparer, je vais travailler le sujet pour notre famille !
Catherine Dumonteil Kremer