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La Parentalité Positive au quotidien

Articles, idées, astuces de la pionnière de la parentalité positive en France, Catherine Dumonteil Kremer

L'attachement un tremplin pour l'autonomie

Cécile Veilhan

Cécile Veilhan

L’attachement, un tremplin pour l’autonomie

 

Pour l’ensemble des parents et des professionnels, l’autonomie des enfants est une préoccupation constante. Tous les signes de l’indépendance naissante des petits sont valorisés. Au contraire, on aura tendance à infantiliser avec insistance celui qui suce encore son pouce, qui tète sa mère ou son biberon : « Tu es encore un bébé. » Sera-t-il autonome un jour ?

 

En tant que parent, j’ai très vite compris qu’un enfant qui se débrouille seul est un excellent faire-valoir pour ses parents. Et plus mon enfant était autonome, moins j’intervenais dans sa vie. C’était une sorte de libération.

Pour en arriver là, il fallait qu’il se sépare de moi, et comme je travaillais je pensais ne pas avoir le choix ! Bien sûr, j’avais de gros pincements au cœur quand je laissais ma fille aînée de trois mois à sa nounou le matin, mais tout le monde autour de moi semblait penser que c’était tout à fait normal, et que le contact mère-enfant avait assez duré. Il était temps que je reprenne ma vie telle qu’elle était avant la naissance de ma fille, sinon je risquais de devenir une mère fusionnelle qui serait un obstacle à son autonomie.

 

Pour penser à l’endroit

Comme beaucoup de parents, je voyais les choses à l’envers. Je m’imaginais qu’il fallait rendre un enfant autonome. Je devais avoir la maturité de m’en séparer afin qu’il grandisse, et sache combler ses besoins sans moi. J’ai découvert par la suite que la véritable autonomie prend racine dans le lien sécurisant que la mère (ou la figure principale d’attachement) tisse avec son bébé. Et c’est bien lui qui se détache alors à son rythme du cocon familial. Mais évidemment, cela, je n’en avais pas vraiment été témoin. Il m’a fallu rencontrer la Leche League pour voir des bambins de deux ans téter et vivre leur vie.

On pouvait donc être grand, s’abreuver au sein de sa mère, se lover dans les bras de son père et pour autant avoir mille projets pour occuper l’instant présent.

 

Une base de sécurité

Nicole Guedeney, spécialiste de l’attachement dans la lignée de Bowlby[1] et Ainsworth[2], voit la mère comme une base de sécurité. Elle la compare à un porte-avions. L’enfant vient s’y recharger, il a besoin de s'assurer qu’elle est bien là, disponible.

Une fois cette vérification faite, il peut retourner à son travail d’exploration et de recherche.

 

Découvrir son environnement lui prend à peu près tout son temps. Il va le faire d’autant mieux qu’il se sentira en sécurité, car la présence de sa figure d’attachement lui permet d’aller de plus en plus loin, à son rythme.

C’est ainsi qu’il devient progressivement autonome. Le cordon symbolique qui le relie à ses parents s’effiloche lentement et met de nombreuses années à disparaître.

Les conséquences pratiques au quotidien d’un tel comportement seront très variées. Quand il revient à la source, il a toujours d’excellentes raisons de le faire. Il pourra téter sa mère de nombreuses années, sans pour autant être encore un bébé, mais un être humain qui se ressource. Comme l’affirmait une petite fille de quatre ans dans mon entourage : « Je suis une grande qui tète ».

 

Il est possible que votre enfant réclame vos bras plus fréquemment à l’occasion de grandes fatigues, de stress, de maladie, etc. Peut-être vient-il systématiquement sur vos genoux au moment des repas, ou bien vous demande-t-il de l’habiller alors qu’il maîtrise cette compétence depuis longtemps, ou encore insiste-t-il pour dormir avec vous ? S’il demande ces attentions, c’est qu’il a probablement besoin de réassurance. Cela durera le temps qu’il lui faudra pour faire le plein (souvenez-vous de l’image du porte-avions), plusieurs jours, plusieurs semaines ou quelques minutes. Si vous le laissez décider, vous serez pratiquement sûrs de ne pas vous tromper.

 

Une simple journée passée à l’école peut nécessiter une reconnexion par un long câlin, un jeu tactile, des soins dispensés avec tendresse. Vous trouverez vos propres idées pour vous relier et donner à votre enfant toute la sécurité affective dont il a besoin pour grandir.

Une des clés consiste à répondre aux demandes de l’enfant, tout en comprenant que s’il passe toute sa journée sans ses parents, il aura besoin de faire le plein d’attention, et pour cela il faut du temps.

 

Toutes les séparations méritent réflexion et organisation. Se séparer est générateur d’un stress très fort, et ce stress peut-être atténué lorsque l’on prend la peine d’organiser une période d’adaptation suffisamment longue pour être sécurisante (cf. dans ce numéro : « Se séparer en confiance » d'Arnaud Deroo)

Cependant il y a très peu de stress lorsque les séparations sont souhaitées par l’enfant. Cela signifie alors qu’il se sent prêt.

 

Les conséquences d’un attachement sécure

Des liens d’attachement sécure dépendent la véritable autonomie, celle qui nous permet d’avoir du pouvoir sur notre vie, de vivre des relations nourrissantes avec les autres. Et ce ne sont apparemment pas les seules conséquences. Martin Seligman, père de la psychologie positive, a observé qu’un attachement sécure rend les enfants plus compétents dans tous les domaines de leur vie. On peut aisément comprendre qu’une relation réconfortante libère l’esprit de l’enfant qui peut alors se consacrer pleinement à ses apprentissages. Bien sûr, il faudrait se pencher sur les tests effectués, mais il semble admis aujourd’hui que nous tirons de ces liens d’attachement notre capacité à aimer et à être aimé.

Plus notre enfant a été fusionnel avec nous, plus il est sécurisé et indépendant.

Certains parents rapportent par exemple que vers quatre ans leur enfant a souhaité passer l’après-midi chez un ami, d’autres que leur petit a commencé à prendre seul le bus vers huit ans, d’autres encore que leur enfant n'a pu se lancer dans une activité que s'ils étaient présents pendant les premières semaines. Quand l’enfant est libre de rester accroché à sa mère tout son saoul, il se révèle finalement être très indépendant, et cette indépendance peut s’avérer surprenante. Il va d’autant plus loin qu’il sait qu’il pourra revenir à la source. Alors, pour la séparation, rien ne presse. Si vous en avez la possibilité, vous pouvez le laisser prendre son temps. Chaque instant supplémentaire passé avec vous alimentera sa base de sécurité.

 

 

Mais, me direz-vous, je suis indépendant, ainsi que bon nombre de mes contemporains, et pourtant je n’ai pas eu la possibilité d’être aussi proche de mes parents !

 

Notre autonomie d’adulte

Craignez-vous de vous retrouver seul ? De perdre votre partenaire ? D’être abandonné ? Avez-vous besoin de ne faire qu’un lorsque vous êtes amoureux ?

Êtes-vous autonome ?

En ce qui me concerne, j’aurais pu répondre « non » jusqu’à l'âge de 45 ans. J’ai été arrachée à ma mère, comme de nombreux enfants des années soixante-dix, période pendant laquelle la collectivité et les activités au sein de cette dernière primaient sur les besoins affectifs. Cela ne m’a pas rendue autonome pour autant. J’ai d’abord été dépendante de mes parents, puis de mes conjoints, tout en me croyant indépendante simplement parce que je gagnais ma vie.

 

J’ai compris que cette question de l’autonomie peut être un enjeu tout au long de notre existence, lorsque l’on n’a pas bénéficié de cette sécurité affective dont nous avions besoin, enfants. Cela se répare, se travaille. C’est important de colmater les brèches, pour répondre de façon plus rationnelle aux besoins de nos enfants, mais aussi pour faire face à leur départ et à notre vieillissement. Devenir autonome c’est possible à tout âge ! Et pour cela, un retour sur son histoire s’avère profitable.

Dans cet objectif, des questions vous sont proposées ci-dessous à titre indicatif. Il peut être souhaitable de les travailler en thérapie plutôt que seul.

 

En tout cas, l’autonomie véritable, loin d’être effrayante, est un plaisir de chaque instant. Pouvoir prendre des décisions pour soi-même, mettre en œuvre des projets, prendre plaisir à vivre seul et être bien dans un groupe, savoir demander de l’aide et en donner, voilà les bénéfices de l’autonomie !

 

Catherine Dumonteil-Kremer

Paru dans PEPS numéro 2

 

 

 

[1]   Attachement et perte, éditions Presse universitaire de France

[2]   Elle a mis en place une expérience éloquente : « la situation étrange », cf. http://www.youtube.com/watch?v=F2vNDAWDCoY

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RA BIA SARAH 27/09/2018 13:20

MERCI CATHERINE

Catherine Dumonteil Kremer 27/09/2018 13:34

:-)))