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La Parentalité Positive au quotidien

Articles, idées, astuces de la pionnière de la parentalité positive en France, Catherine Dumonteil Kremer

Sois parfait : une injonction paralysante !

Sois parfait : une injonction paralysante !

Comment je me suis débarrassée de mon perfectionnisme

 

Hier, alors que je traversais paisiblement l’unique couloir de mon appartement, dans l’obscurité (parce que j’aime les défis !) mon pied a violemment heurté une planche qui traînait là. J’ai dû me casser un orteil c’est sûr ! J’ai hurlé ma colère contre l’absence de perfectionnisme chez moi ! Ah oui, ça, on ne peut pas dire que nous soyons perfectionnistes ici ! Alors finalement, il se pourrait que le thème « Se débarrasser du perfectionnisme » ne me concerne pas ?

 

Hélas, oui, le perfectionnisme me concerne et me paralyse. Il m’arrive encore de voir à peu près tout ce que je dois faire comme une véritable montagne à déplacer. De ce fait, je me sens découragée, je me dis que je n’aurai pas le temps, que je n’y arriverai jamais, on verra ça demain ! Et je ne fais rien… Alors je me sens mal, mon estime de moi-même baisse. En faisant cela, je me replonge dans mes blessures d’enfant. Chez nous il fallait répondre le plus vite possible aux attentes. Il n’y avait pas de parcours, seulement le but à atteindre. « Vite et bien », c’était une devise familiale. Lorsque je n’y répondais pas, je me sentais incapable et inadéquate. À l’inverse, lorsque je répondais aux attentes de mes parents, un sentiment d’euphorie s’emparait de moi, et je me sentais pour quelques instants seulement l’enfant qu’ils avaient toujours voulu avoir, et ce avant que d’autres exigences ne pointent le bout de leur nez.

 

Tout, tout de suite !

Une autre conséquence de cette attitude était une absence de considération pour l’apprentissage. Si j’avais joué du violon, à la minute même où je me serais emparée de l’archet on aurait attendu de moi que je joue comme Yehudi Menuhin (qui lui a passé toute sa vie d’enfant a s’entraîner car il n’était pas scolarisé). Je n’ai donc pas joué de violon, pas vraiment dessiné non plus. Je n’ai pas fait de sport etc. Pour les mêmes raisons énoncées ci-dessus, je me sentais incapable, je croyais anormal de ressentir de la frustration, une forme de peine devant la tâche à accomplir, la notion à apprendre. Je ne connaissais pas la joie d’être sur un chemin et de le parcourir à mon rythme. Un sentiment d’anxiété m’habitait en permanence. La crainte de faire des erreurs, d’être jugée, punie peut-être, humiliée.

Et mes capacités s’amenuisaient, à force de travailler dans la crainte, la créativité s’émousse. On ne veut plus prendre de risque. On reste définitivement dans les clous.

 

Devenir moi-même

J’ai fini par comprendre que le perfectionnisme avait complètement anéanti ce que j’étais, c’était lui ou moi. Il fallait que je récupère ma vie ! L’enjeu était de taille. Le processus est du reste toujours en cours. Ce fléau comporte deux facettes : je dois être parfait, les autres doivent être parfaits. Le perfectionnisme vit en concubinage avec l’intransigeance, et il entretient des liaisons parallèles avec la procrastination, et la critique.

Ça vous parle ?

Alors j’ai pris le taureau par les cornes dans différents domaines de ma vie et j’ai exploré l’imperfection, la demi-mesure, le fait à moitié… Brrr c’était prendre de sacrés risques de mon point de vue. Et j’ai fait d’incroyables découvertes.

 

Flylady

Voici une des expériences les plus marquantes que j’ai faite dans ce domaine. Il y a une bonne douzaine d’années, j’ai eu connaissance de l’existence du site de Marla Cilley. Voilà une femme qui m’a connectée avec le plaisir de faire petit à petit les choses à moitié. Dans un domaine qui ne m’engageait pas vraiment émotionnellement (du moins c’était ce que je pensais à l’époque) : l’entretien de ma maison. Il y avait un sacré boulot, étant donné que je ne faisais rien si cela ne pouvait pas être parfait ! Il fallait que ça brille ! La tâche était considérable et démotivante. Je ne m’y attelais pratiquement jamais. Marla proposait à ses abonnés de travailler quinze minutes par jour dans une zone précise de la maison pendant une semaine, et puis de passer à une autre zone. C’est ainsi que ma maison est devenue plus accueillante. Mais les répercussions de cette découverte allèrent bien au-delà de ce que je pouvais imaginer.

J'ai découvert que je pouvais appliquer la théorie du quart d’heure à toutes sortes d’actions que je remettais au lendemain. Ainsi je faisais un pas dans la direction de mon objectif, et pas à pas, j’avançais à mon rythme.

Mon travail n’était pas parfait, mais j’étais contente, car c’était une partie de moi que je pouvais exprimer sans attendre une perfection inatteignable et désincarnée. Enfin j’agissais !

Voici deux exemples qui m'ont aidé à avancer.

 

Application pratique : Apprendre l'anglais

Depuis que j'ai des enfants, je bave d'envie devant les livres en anglais tous plus intéressants les uns que les autres sur le sujet de l'accompagnement des enfants. Mais les lire, je l'avais décrété, c'était trop difficile pour moi. Mes cours de terminale étaient bien loin. J'ai bien essayé de prendre quelques cours avec des amis enseignants, mais je n'arrivais pas à être régulière dans mon travail. Quand je m'attelais à la lecture d'un livre dans la langue de Shakespeare, j'ouvrais mon dictionnaire à chaque instant. J'en avais mal au bras ! En plus, je m'obligeais à écrire chaque mot que je ne connaissais pas et sa définition dans un cahier.

C'était tout simplement décourageant

Et puis un jour une de mes amies m'a dit : « tu sais, j'ai eu les mêmes désirs de lire l'anglais que toi, et je me suis mise tout simplement à lire des articles qui m'intéressaient d'abord, et puis, peu à peu, j'ai fini par comprendre » La perfectionniste que j'étais n'en revenait pas !

Comprendre sans dictionnaire, comprendre sans se contraindre à la mémorisation.

Je m'y suis mise immédiatement, je lisais sans rien assimiler au départ, et puis étonnamment, j'ai fini par saisir de plus en plus le sens de ce que je lisais, même si j'avais la curieuse impression de ne pas me souvenir des idées dont j'avais pris connaissance. Je suis devenue observatrice. Le titre m'aidait, les illustrations, certains mots que je retrouvais dans un contexte différent. En parallèle je regardais des films en version originale, et je retrouvais le vocabulaire que je comprenais de mieux en mieux, sans effort.

Je me sens incapable de parler anglais, mais je comprends quatre-vingt-dix pour cent de ce que je lis, et cette expérience m'a permis de voir que je peux me mettre à faire, sans aucune méthode, et obtenir un résultat plus qu'encourageant.

 

Dessiner sans gomme

Mon oncle était un dessinateur fascinant ! Il reproduisait avec exactitude à peu près tout ce qu'il voyait. Enfant, je m'imaginais qu'il était doué, et que je ne l'étais pas. Lorsque je m'emparais d'un crayon avec espoir, je me sentais gauche. Je traçais sans assurance dans le secret de ma chambre des esquisses sans âme. Je n'aurais pas pris le risque de dessiner en public, on aurait jugé mes talents de dessinatrice inexistants. C'était bien trop dangereux pour moi. Après la terminale, où je m'étais découvert une passion pour le collage, j'ai arrêté d'essayer de me confronter à ma maladresse dans ce domaine. Et puis, j'ai lu Betty Edwards « Dessiner avec le cerveau droit », et j'ai repris confiance en moi. La lecture du livre de Danny Gregory m'a remplie d'enthousiasme.

Ce Danny ne manque pas d'audace, il invite son lecteur à dessiner directement au stylo-bille ou feutre ! Pour moi la gomme c'était un peu l'équivalent du dictionnaire pour l'apprentissage de l'anglais. Faire, et refaire, c'est épuisant ! En revanche j'ai trouvé énormément de confiance dans mes gestes lorsque je me suis emparée de mon stylo pour dessiner une chaise qui se trouvait là. C'était mon premier exercice. Je suis sur un chemin avec le dessin. Et je ressens très fort qu'à dessiner ce qui m'entoure : je regarde les objets autrement, j'approfondis mon contact avec mon environnement. Je dessine le plus lentement possible, tous les petits détails, et je me sens dans le "flow" que décrit Mihaly Csikszentmihalyi. Le temps s'arrête et je me sens absorbée et vivante.

 

J'ai fait bien d'autres découvertes en sortant du carcan du perfectionnisme. Cela valait vraiment la peine de décider tout simplement d'être moi-même, et de faire les choses à ma façon !

 

 

Catherine Dumonteil Kremer (Publié dans le numéro 1 de PEPS)

 

 

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sabrina 22/09/2018 08:13

Merci Catherine !
Cet article me parle beaucoup ! Il arrive à point nommé dans ma vie car j'ai ouvert plusieurs nouveaux chantiers. Je commence à percevoir la notion de faire son chemin et c'est très agréable. Oui, je fais ce que je peux, au moment où je suis. Et les autres aussi font ce qu'ils peuvent ! :-) Du coup, je vais regarder d'un peu plus près mes exigences vis-à-vis de mes filles (moi, j'aimerai qu'elles fassent tout de suite ce que je leur demande !!) Par ailleurs, ma fille aînée est du style perfectionniste, c'est un véritable miroir pour moi... J'essaye de l'accompagner sur le chemin de "faire son chemin, à son rythme"... Bon week-end ! (qui sera à notre rythme !)

23/09/2018 16:46

Merci Sabrina pour ton commentaire :-)) S'intéresser au processus autant voire plus qu'au résultat est un chemin en soi et je te souhaite bonne route sur cette voie :-))