Mais pourquoi donc les enfants ont-ils besoin d'autres enfants pour jouer avec eux ? Des idées ?
Des enfants du même âge je veux dire, enfin à peu près de la même génération. Mes amis sont de génération très différente, ma plus jeune copine a 23 ans je crois, et la plus âgée doit avoir plus de soixante ans.
Pourquoi les enfants auraient-ils besoin d'enfants ? J'ai bien une petite idée sur la question. C'est un passage de Christiane Rochefort dans "les enfants d'abord" qui m'y a fait penser. Ecoutez plutôt :
"Pour estimer à peu près ce qui a été retranché au niveau corporel il n'est que de comparer l'acuité des sens d'un enfant de trois ans, sa vitalité permanente, l'intensité de ses désirs, son regard, son émerveillement, sa tendresse, sa souplesse de chat et jusqu'à son sommeil avec ceux d'un adulte moyen. C'est comme une lampe qui s'est éteinte.On voit à l'oeil nu sur quels points cet adulte réussi modèle conforme, se rendant à son bureau par exemple, a été opéré : il n'utilise qu'une faible partie de son équipement sensoriel, sa musculature est plus ou moins atrophié, sa colonne vertébrale est soudée ou menacée d'effondrement, sa capacité respiratoire est réduite, son système nerveux autonome est bloqué, ses plexus sont noués, son énergie ne circule pas, il est dérythmé, son corps en est au point qu'il doit le préparer dans un "club" avant d'aller en vacances (s'il peut lui payer ça);
Sa sexualité est misérable, il est plein de maladies psychosomatiques et de dépressions, ainsi que de drogues diverses, son cerveau est un magnétophone, ses récepteurs son saturés, il n'a pas de regard, il dort mal. Ses émotions négatives le dominent; quant aux positives : il ne connait pratiquement plus la joie." (Suite après la photo)
"Les paroles bienveillantes sont faciles à dire mais leur effet est sans fin"
Mère Teresa.
(C'est tout moi cette photo, bigoudis mis à part lol, je ressemble à cette pauvre chose certains jours démunie devant les éléments qui se déchaînent à l'intérieur de ma petite maison !)Quand on ne va pas à l'école les relations ne sont pas simples, je veux dire les relations avec d'autres enfants. Je ne veux pas tomber dans les vieux poncifs, et autres images d'épinal faisant de l'enfant qui ne va pas à lécole un demi "sauvage", incapable de se socialiser. D'ailleurs j'ai écrit à ce sujet un article "Se socialiser malgré l'école" dans le numéro 3 de "Ressources Parents" (Comment vous n'êtes pas encore abonnés ?). A l'âge de mes enfants (11,12, 18) on a en général besoin de contact avec d'autres à peu près de la même génération. (ce sera l'objet d'un autre article).
Ma fille aînée a gardé une grande quantité de contacts avec des amis du lycée, et elle les voit très régulièrement, la plus jeune est très amie avec des enfants déscolarisés, (ils habitent malheureusement à 300 kms, elle y va de temps à autre) d'un autre côté il suffit qu'elle aille à la patinoire de Gap toute seule pour se trouver des copains, et la seconde a une copine que nous recevons régulièrement pour environ une semaine, Coline va également chez elle à un rythme régulier.
C'est de cette jeune personne là dont je voudrais vous parler aujourd'hui, elle est vraiment très chouette, j'apprécie beaucoup sa présence à la maison, elle est une espèce de petit rayons de soleil de plus, et la relation entre Coline et elle est très vivante, autrement dit : elles s'engueulent mais elle s'adorent, elles font un super tandem, elles ont même des projets professionnels ensemble qui les font gamberger pendant des heures. Tout ça pour dire qu'il n'est pas si simple de se trouver une amie branchée exactement sur la même longueur d'onde, à chaque fois que j'ai connu cela dans ma vie, ça m'a donné une immense joie et je suis contente que ma petite Coline vive cette relation-là.
Quand Agathe était déscolarisée, avant 8 ou 9 ans les contacts avec d'autres enfants n'étaient pas un besoin impérieux, mais après cette période en arrive une autre, où on a besoin de vivre des amitiés en dehors du cercle familial, on a besoin de construire quelque chose avec d'autres. C'est ce que j'observe avec mes enfants. Il y a le besoin de jouer sans limite de temps (impossible à l'école) plusieurs journées d'affilées, de discuter jusqu'à point d'heure, de partager des tas de trucs sans être contrôlé.
Quand c'est possible, c'est vraiment exaltant, et stimulant pour les enfants, ils vivent dans leur communauté propre indépendament des adultes.
La déscolarisation est très exigeante de ce côté-là, se mettre à la recherche d'amis pour nos enfants n'est pas très facile, mais c'est important, même si les conditions ne sont pas faciles, de considérer cela comme une priorité.
Bonne journée !
Catherine Dumonteil Kremer