Grégoire a quatre ans, et ses parents commencent à se demander s’il ne serait pas largement temps de l’inscrire à une « activité » en dehors du temps scolaire.
Il est jeune, apprendra vite, il sera content de maîtriser un domaine en dehors de l’école et qui sait ? Cela pourrait servir son avenir professionnel !
Célia adore batifoler, courir, faire des acrobaties dans l’herbe autour de chez elle. Conclusion de ses parents : Elle a besoin de cours de gymnastique, elle adorera cela !
Êtes-vous passé par là ? Si oui, vous savez alors que tout n’est pas simple même si votre enfant émet le désir de jouer du violon, ce qu’il entend par là et ce que vous comprenez de cette acception sont deux réalités distinctes.
Vous savez ce que seront les cours : il faudra y être régulier, travailler en dehors des séances parfois, faire preuve de discipline pour arriver à prendre plaisir à la pratique de son hobby. Lui se voit apprendre à son rythme quand il en aura envie seulement et en présence de ses parents s’il est très jeune.
C’est là que les ennuis peuvent commencer !
Il faut parfois payer d’avance toute l’année, les parents se retrouvent ainsi entrain de mettre une intolérable pression sur les épaules de leur enfant ! Alors, même s’il n’a plus envie de pratiquer cette activité, il s’y rendra coûte que coûte jusqu’à la fin !
Quelques pistes et réflexions
L’apprentissage ne se fait pas nécessairement avec un enseignant, un enfant qui prend plaisir à être en contact avec l’eau apprendra à nager, il n’aura pas besoin de cours pour cela, il le fera spontanément en expérimentant, et en observant à la piscine ou ailleurs ce que font les autres autour de lui. Il aura besoin de votre vigilance bien sûr, de votre protection, il vous sollicitera quelquefois pour avoir des idées. Savez-vous nager ? Cela devrait suffire…
Ma fille aînée a appris à nager avec des cours de natation, la seconde en a pris un seul, et la troisième a appris par elle-même sans aucune intervention même pas la mienne.
Quand un enfant prend plaisir à faire quoique ce soit, le pratique seul dans son coin, de plus en plus, un processus important est à l’œuvre en lui : Il apprend à sa façon.
L’inscrire à un cours va complètement modifier son attitude vis-à-vis de cette activité qui va devenir contrainte, alors qu’elle était un réel plaisir, le jeu en vaut-il la chandelle ?
Une question importante que je me suis posée en n’inscrivant pas mes enfants lorsqu’ils étaient petits au conservatoire de notre ville : Quel est mon objectif là-dedans ? Qu’est-ce que je recherche ? Est-ce que ce sont mes ambitions personnelles que je concrétise ? Subsisteraient-ils au fond de moi de vieilles souffrances d’enfant relié au fait que je n’ai jamais pu apprendre tel ou tel instrument de musique ? Est-ce pour cela que j’ai l’impression que les activités musicales sont « obligatoires » ?
J’ai fini par comprendre qu’au niveau musique notamment, le chant, l’écoute de musiques différentes, suffisaient à creuser le sillon musical de mes filles.
J’ai également compris qu’une pratique totalement intuitive était possible, toucher un instrument, en tirer des sons, essayer de chercher des morceaux d’oreilles, c’est aussi apprendre la musique !
L’apprentissage ne devrait pas être une corvée. Si vous choisissez des activités pour vos enfants, donnez la priorité à celles qu’ils aiment et qui ne nécessiteront aucun travail à la maison, n’investissez pas trop d’argent afin de pouvoir arrêter au moment où votre enfant vous le demandera.
Peut-être y a-t-il dans votre région un réseau d’échanges de savoir ? Ils sont bien pratiques pour les expériences que désirent faire nos jeunes apprenants !
Catherine Dumonteil Kremer
Grands espaces ou petits nids !
Ma famille et moi vivons dans un tout petit espace, et je me suis posé pas mal de questions sur la maison idéale, l’espace et sa gestion…
Mon premier bébé avait sa chambre quelques mois avant sa naissance, ce lieu que j’avais préparé avec amour comme s’il était un petit nid… Comment pouvais-je imaginer que ce nid pourrait être habité par un oisillon seul, c’est pourtant ce qui s’est passé, les menaces de la puéricultrice de la maternité où j’avais accouché étaient très claires : « il ne fallait surtout pas dépasser quinze jours de chambre partagée ».
Cette chambre imposait une intimité à un être qui réclamait de toutes ses forces la proximité de ses parents.
Pourtant elle semblait et semble toujours obligatoire aux yeux de la majorité des couples qui attendent un enfant ! C’est ainsi, les maisons s’agrandissent avec la taille de la famille invariablement, A chacun son espace et sa tranquillité ! C’est la devise de la classe moyenne occidentale qui s’évertue à répondre à un besoin d’espace individuel qui ne s’exprime pas chez les touts petits.
Nous projetons nos besoins de calme, d’isolement, sur les enfants qui n’en ont cure et ce pendant de longues années. C’est si pratique de pouvoir s’isoler pour échapper au bruit, à l’invraisemblable joyeux chaos que génère une famille, un peu de tranquillité… Enfin !
C’est bien commode d’avoir la possibilité de se séparer des enfants quand on le décide !
Avec le temps, ayant connu toutes sortes de maisons différentes, j’ai fini par me demander si l’espace n’est pas générateur de crises et d'agitations en fin de compte. J’ai vécu dans une très grande maison, où chacun de mes enfants pouvait avoir son espace, une grande pièce servait de salle de jeux, elle était si grande cette villa qu’il était difficile de s’y retrouver !
Ma conclusion après cette expérience est la suivante : quel que soit l’espace que nous habitons nos enfants de moins de dix ans se trouvent à une distance de trois à cinq mètres autour de nous. C'est le résultat de la loi d'attraction entre les parents et leurs enfants.
Cette irrésistible attirance cesse progressivement, mais si vous avez un bébé de trois mois, inutile de déménager, votre petit nid suffira à combler les besoins de votre famille pendant plusieurs années, même si un ou deux autres bébés viennent s'ajouter à votre tribu.
De quoi a-t-on finalement besoin lorsque l'on accueille un bébé ? D'organiser la proximité, le réconfort, une pièce suffirait amplement, une pièce facile à chauffer en hiver, un endroit où chacun est rassuré par la présence de l'autre.
Je crois que c'est la raison pour laquelle nous avons réussi à passer d'une maison de 300 m2 à une maison de 65 m2, nous pensions avant de nous y installer que nous ne parviendrions pas à vivre dans si petit espace, et nous y sommes depuis dix ans !
Il faut croire que le format petit nid peut très bien convenir aux familles qui ont le soucis de respecter les liens d'attachement avec leurs petits.
Ces questions d'espace sont vraiment étonnantes quand on y pense ! Réduire l'espace c'est augmenter la proximité, c'est renforcer le lien, c'est faire face, et vivre ensemble vraiment !
Catherine Dumonteil Kremer, 2007
(Cet article date de 5 ans en arrière, j’ai déménagé il y a deux ans… J)
La solitude de l’enfance
C’est dimanche matin, j’ai plus ou moins l’intention de rester en pyjama toute la journée, et de bouquiner, mais Coline voudrait que je l’accompagne à la boulangerie, nous sommes à 7 km du centre-ville, j’y vais sans me préparer pour sortir, elle seule descendra de la voiture.
Arrivée devant la boutique, ma fille descend de notre véhicule. Peu de temps après j’entends des pleurs, « Maman, maman » c’est un tout petit qui sort en courant derrière sa mère furieuse. Il doit avoir deux ans. Elle se précipite vers sa voiture, puis tout à coup se retourne et lui donne un coup sur les fesses, il est désespéré, elle crie alors : « Il faut toujours que tu nous fasses remarquer ! », ils s’en vont, tout s’est passé très vite, j’ai à peine eu le temps de réaliser ce qui s’était passé !
Ma fille sort à son tour de la boulangerie, je lui demande quel crime a commis ce bambin pour être ainsi frappé. Je suis surprise par sa réponse : « Il voulait être porté » et elle ajoute : « il demandait à sa mère, s’il te plait maman, un petit peu, un petit peu ». J’ai essayé d’imaginer ce que l’on peut ressentir quand on demande un peu de contact et que l’on reçoit un coup en retour. Je suis de toute façon très loin du compte, il aurait fallu que j’ajoute cette dépendance aux parents, qui fait que l’on ne peut vivre sans eux, et malgré leurs trahisons successives on continue à espérer qu’il nous aimeront et répondront à nos attentes.
Je me demande en fin de compte si dans notre société les enfants ne sont pas avec les personnes âgées les plus grandes victimes d’un redoutable fléau : la solitude.
Les petits se trouvent dans une situation paradoxale : très entourés, mais seuls, et j’y vois deux raisons simples. On leur refuse souvent le contact physique dont ils ont un besoin impérieux. Dès la naissance, ils sont séparés de leur mère, ils sont supposés dormir seuls, pendant que leurs parents sont ensemble. Ils font face à d’énormes défis : la séparation d’avec leur famille pour entrer en crèche ou à l’école, et là encore ils sont seuls.
Il y a beaucoup de monde autour d’eux, mais pas un allié en vue qui puisse apporter réconfort, contact et compréhension. Ils se font parfois des amis, mais peu de parents considèrent comme prioritaire le besoin de les rencontrer en dehors des heures scolaires. Là encore ils font face seuls. Les parents travaillent et à la fin de leur journée, ils ont peu de temps pour offrir ce qui a manqué, il y a trop de contraintes : les devoirs, l’hygiène corporelle, les repas, et toutes les tâches ménagères que l’on s’astreint à accomplir !
Les enfants manquent de contacts physiques affectueux mais aussi de compréhension, car qui peut comprendre cette immense solitude, cette tristesse causée par les séparations successives, ce besoin d’être contre un être vivant aimant.
Je sais, quand je m’adresse à vous, que vous êtes probablement connectés avec les besoins de votre tout petit, que le contact physique affectueux est pour vous une priorité.
Alors je vous propose cette deuxième anecdote. Après la rentrée, une de mes amies me confie combien il est dur pour sa fille de dix ans d’appréhender les journées très lourdes en CM2 d’autant plus que l’enseignante se targue de préparer les enfants à l’entrée en sixième.
« Tu ne peux pas imaginer combien le fait de dormir ensemble nous aide à réparer tout cela, le soir C vient dans notre lit, nous parlons un peu, elle pleure beaucoup contre moi, et j’écoute, c’est très angoissant pour elle, cette impression qu’elle ne va pas y arriver qu’elle ne comprend rien, elle sanglote un bon moment et elle s’endort, dans notre lit, elle dort à nouveau avec nous, et en même temps, elle est capable de partir deux jours chez une amie ! »
Les besoins de compréhension, de disponibilité, de contact affectueux, de réassurance n’ont pas d’âge, pas de fin !
Et lorsque nos enfants vivent avec nous, nous sommes les seuls ou presque et ce pendant une bonne quinzaine d’années à pouvoir combler ces besoins-là.
La route est longue mais elle est riche de découvertes, et d’expériences inédites !
Catherine Dumonteil-Kremer
Le regard de l’autre
« Chut », « tais-toi », « tiens-toi tranquille », « Viens par ici », sont les quatre injonctions que j’entends le plus dans les lieux publics. Les parents sont sous pression car leurs enfants sont priés de ne pas « trop » exister. Leurs petits dérangent manifestement.
Eux-mêmes se sentent jugés dans leurs compétences parentales, dans leurs choix éducatifs quelquefois.
Avez-vous remarqué à quel point le regard de l’autre peut produire des tensions et modifier notre comportement avec nos enfants.
Je me souviens de cette jeune maman qui évoquait le fait qu’elle était infiniment plus nerveuse quand le comportement de ses petits était exposé au public, elle décrivait ses réactions comme beaucoup plus violentes qu’à l’accoutumée.
« De nombreuses fessées auraient pu être évitées, si je ne m’étais pas sentie jugée et agressée par les passants au jardin public, au supermarché, ou ailleurs, les gens ne disent rien, ils regardent, de la colère dans les yeux ».
Enfant nous avons été soumis au jugement permanent de nos parents, des enseignants, des adultes autour de nous, notre conduite devait être convenable, correcte, « normale » selon les règles de cette époque. Cette prison construite autour de nous existe encore et nous la ressentons notamment au travers de la crainte du jugement de notre entourage.
Se soumettre au regard de l’autre, c’est encore une fois subir une autorité qui pourrait nous blâmer, nous punir, nous désapprouver.
Le regard de l’autre nous fragilise, il est pesant, il nous plonge dans une telle confusion que nous ne savons plus quoi faire avec nos enfants, subitement l’objectif est de répondre à la demande implicite de ces individus que nous ne connaissons pas. Nous devenons alors plus durs avec nos enfants, il peut s’agir d’un simple changement de ton, d’une certaine manière nous nous conformons une fois encore à ce qui est attendu de nous.
Il est possible de se libérer de ce regard, et même parfois de le rendre empathique, et compréhensif.
Voici quelques idées qui m’ont aidé à faire face à cette difficulté.
La première a été de devenir plus sûre de moi et de mes choix. J’ai remarqué que lorsque ma dernière tétait en public à quatre ans, je n’ai jamais eu de regards désobligeants, seulement des commentaires positifs. Je vivais cet allaitement avec optimisme et confiance, et ne me souciais guère de ce qu’en pensait mon entourage puisque je savais pourquoi j’avais fait ce choix.
Devenir sur de soi est une clé vraiment importante, et cela peut se faire par divers moyens : Compléter son information, et participer à un groupe de parents sont deux éléments intéressants pour fortifier nos décisions.
Je ne suis pas là pour être conforme aux attentes des autres, mais pour devenir moi-même et choisir mon propre chemin, et vous ?
Si vous prenez le train avec vos enfants, en arrivant informez vos voisins : « J’ai des enfants avec moi, s’ils font trop de bruit prévenez-moi, et j’irai faire un tour avec eux, ils aiment beaucoup jouer avec d’autres adultes, alors si cela vous tente… »
Vous allez trouver des alliés, je ne compte pas le nombre de fois où je vois des adultes discuter, ou jouer avec des bambins qui ne sont pas les leurs et y prendre vraisemblablement beaucoup de plaisir.
Si votre enfant fait une crise de rage en public et que vous êtes très mal à l’aise, éloignez-vous des regards qui vous gênent et écoutez-le tranquillement.
Si vous restez et faites ce même travail, vous montrerez aux autres une manière de parenter rare mais efficace et aimante.
Dans les supermarchés ne mettez pas la barre trop haute : laissez votre enfant courir librement, mettre des objets dans votre caddie, faites-le participer ! La plupart des crises se déclenchent parce que nous sommes fatigués, énervés, et bien trop exigeants avec eux.
Et puis n’oubliez pas : l’autre c’est aussi vous. Ne perdez pas une occasion d’encourager les parents en difficulté, et de leur proposer votre aide !
Catherine Dumonteil-Kremer
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