La solitude de l’enfance
C’est dimanche matin, j’ai plus ou moins l’intention de rester en pyjama toute la journée, et de bouquiner, mais Coline voudrait que je l’accompagne à la boulangerie, nous sommes à 7 km du centre-ville, j’y vais sans me préparer pour sortir, elle seule descendra de la voiture.
Arrivée devant la boutique, ma fille descend de notre véhicule. Peu de temps après j’entends des pleurs, « Maman, maman » c’est un tout petit qui sort en courant derrière sa mère furieuse. Il doit avoir deux ans. Elle se précipite vers sa voiture, puis tout à coup se retourne et lui donne un coup sur les fesses, il est désespéré, elle crie alors : « Il faut toujours que tu nous fasses remarquer ! », ils s’en vont, tout s’est passé très vite, j’ai à peine eu le temps de réaliser ce qui s’était passé !
Ma fille sort à son tour de la boulangerie, je lui demande quel crime a commis ce bambin pour être ainsi frappé. Je suis surprise par sa réponse : « Il voulait être porté » et elle ajoute : « il demandait à sa mère, s’il te plait maman, un petit peu, un petit peu ». J’ai essayé d’imaginer ce que l’on peut ressentir quand on demande un peu de contact et que l’on reçoit un coup en retour. Je suis de toute façon très loin du compte, il aurait fallu que j’ajoute cette dépendance aux parents, qui fait que l’on ne peut vivre sans eux, et malgré leurs trahisons successives on continue à espérer qu’il nous aimeront et répondront à nos attentes.
Je me demande en fin de compte si dans notre société les enfants ne sont pas avec les personnes âgées les plus grandes victimes d’un redoutable fléau : la solitude.
Les petits se trouvent dans une situation paradoxale : très entourés, mais seuls, et j’y vois deux raisons simples. On leur refuse souvent le contact physique dont ils ont un besoin impérieux. Dès la naissance, ils sont séparés de leur mère, ils sont supposés dormir seuls, pendant que leurs parents sont ensemble. Ils font face à d’énormes défis : la séparation d’avec leur famille pour entrer en crèche ou à l’école, et là encore ils sont seuls.
Il y a beaucoup de monde autour d’eux, mais pas un allié en vue qui puisse apporter réconfort, contact et compréhension. Ils se font parfois des amis, mais peu de parents considèrent comme prioritaire le besoin de les rencontrer en dehors des heures scolaires. Là encore ils font face seuls. Les parents travaillent et à la fin de leur journée, ils ont peu de temps pour offrir ce qui a manqué, il y a trop de contraintes : les devoirs, l’hygiène corporelle, les repas, et toutes les tâches ménagères que l’on s’astreint à accomplir !
Les enfants manquent de contacts physiques affectueux mais aussi de compréhension, car qui peut comprendre cette immense solitude, cette tristesse causée par les séparations successives, ce besoin d’être contre un être vivant aimant.
Je sais, quand je m’adresse à vous, que vous êtes probablement connectés avec les besoins de votre tout petit, que le contact physique affectueux est pour vous une priorité.
Alors je vous propose cette deuxième anecdote. Après la rentrée, une de mes amies me confie combien il est dur pour sa fille de dix ans d’appréhender les journées très lourdes en CM2 d’autant plus que l’enseignante se targue de préparer les enfants à l’entrée en sixième.
« Tu ne peux pas imaginer combien le fait de dormir ensemble nous aide à réparer tout cela, le soir C vient dans notre lit, nous parlons un peu, elle pleure beaucoup contre moi, et j’écoute, c’est très angoissant pour elle, cette impression qu’elle ne va pas y arriver qu’elle ne comprend rien, elle sanglote un bon moment et elle s’endort, dans notre lit, elle dort à nouveau avec nous, et en même temps, elle est capable de partir deux jours chez une amie ! »
Les besoins de compréhension, de disponibilité, de contact affectueux, de réassurance n’ont pas d’âge, pas de fin !
Et lorsque nos enfants vivent avec nous, nous sommes les seuls ou presque et ce pendant une bonne quinzaine d’années à pouvoir combler ces besoins-là.
La route est longue mais elle est riche de découvertes, et d’expériences inédites !
Catherine Dumonteil-Kremer
Le regard de l’autre
« Chut », « tais-toi », « tiens-toi tranquille », « Viens par ici », sont les quatre injonctions que j’entends le plus dans les lieux publics. Les parents sont sous pression car leurs enfants sont priés de ne pas « trop » exister. Leurs petits dérangent manifestement.
Eux-mêmes se sentent jugés dans leurs compétences parentales, dans leurs choix éducatifs quelquefois.
Avez-vous remarqué à quel point le regard de l’autre peut produire des tensions et modifier notre comportement avec nos enfants.
Je me souviens de cette jeune maman qui évoquait le fait qu’elle était infiniment plus nerveuse quand le comportement de ses petits était exposé au public, elle décrivait ses réactions comme beaucoup plus violentes qu’à l’accoutumée.
« De nombreuses fessées auraient pu être évitées, si je ne m’étais pas sentie jugée et agressée par les passants au jardin public, au supermarché, ou ailleurs, les gens ne disent rien, ils regardent, de la colère dans les yeux ».
Enfant nous avons été soumis au jugement permanent de nos parents, des enseignants, des adultes autour de nous, notre conduite devait être convenable, correcte, « normale » selon les règles de cette époque. Cette prison construite autour de nous existe encore et nous la ressentons notamment au travers de la crainte du jugement de notre entourage.
Se soumettre au regard de l’autre, c’est encore une fois subir une autorité qui pourrait nous blâmer, nous punir, nous désapprouver.
Le regard de l’autre nous fragilise, il est pesant, il nous plonge dans une telle confusion que nous ne savons plus quoi faire avec nos enfants, subitement l’objectif est de répondre à la demande implicite de ces individus que nous ne connaissons pas. Nous devenons alors plus durs avec nos enfants, il peut s’agir d’un simple changement de ton, d’une certaine manière nous nous conformons une fois encore à ce qui est attendu de nous.
Il est possible de se libérer de ce regard, et même parfois de le rendre empathique, et compréhensif.
Voici quelques idées qui m’ont aidé à faire face à cette difficulté.
La première a été de devenir plus sûre de moi et de mes choix. J’ai remarqué que lorsque ma dernière tétait en public à quatre ans, je n’ai jamais eu de regards désobligeants, seulement des commentaires positifs. Je vivais cet allaitement avec optimisme et confiance, et ne me souciais guère de ce qu’en pensait mon entourage puisque je savais pourquoi j’avais fait ce choix.
Devenir sur de soi est une clé vraiment importante, et cela peut se faire par divers moyens : Compléter son information, et participer à un groupe de parents sont deux éléments intéressants pour fortifier nos décisions.
Je ne suis pas là pour être conforme aux attentes des autres, mais pour devenir moi-même et choisir mon propre chemin, et vous ?
Si vous prenez le train avec vos enfants, en arrivant informez vos voisins : « J’ai des enfants avec moi, s’ils font trop de bruit prévenez-moi, et j’irai faire un tour avec eux, ils aiment beaucoup jouer avec d’autres adultes, alors si cela vous tente… »
Vous allez trouver des alliés, je ne compte pas le nombre de fois où je vois des adultes discuter, ou jouer avec des bambins qui ne sont pas les leurs et y prendre vraisemblablement beaucoup de plaisir.
Si votre enfant fait une crise de rage en public et que vous êtes très mal à l’aise, éloignez-vous des regards qui vous gênent et écoutez-le tranquillement.
Si vous restez et faites ce même travail, vous montrerez aux autres une manière de parenter rare mais efficace et aimante.
Dans les supermarchés ne mettez pas la barre trop haute : laissez votre enfant courir librement, mettre des objets dans votre caddie, faites-le participer ! La plupart des crises se déclenchent parce que nous sommes fatigués, énervés, et bien trop exigeants avec eux.
Et puis n’oubliez pas : l’autre c’est aussi vous. Ne perdez pas une occasion d’encourager les parents en difficulté, et de leur proposer votre aide !
Catherine Dumonteil-Kremer
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La pétition est enfin en ligne, vous pouvez la signer et la faire circuler tous azimuts :-)))
http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2012N19429
Bonne Journée !
Catherine Dumonteil Kremer

« Si tu ne mets pas ton pyjama, je ne te lirais pas d’histoire ce soir » vocifère cette mère à bout de force. Vous connaissez peut-être la suite, l’enfant ne « se soumet pas » mais il aura quand même son histoire ! Vous rendez-vous compte ? La menace qui pesait ne s’est pas exécutée au grand dam de nombreux spécialistes ! La grande majorité d’entre eux juge qu’ il serait hérétique de promettre une punition et de ne pas la mettre en œuvre.
Nombreux sont les parents qui culpabilisent à cette idée d’ailleurs : « je le menace mais je ne fais jamais rien, en fin de compte, je me demande ce qu’il apprend d’une pareille attitude ! », encore une occasion de se frapper la poitrine pour nous les parents, de se dire que nous ne faisons pas ce qu’il faudrait faire. Une fois de plus, nous sommes accusés d’avoir une attitude équivoque, voire laxiste, d’être à la source de tous les maux de la société actuelle qui aurait bien besoin de rigueur, d’autorité ! En ces périodes de campagne électorale je vois peu de candidats qui n’aient pas évoqué ce thème, et les solutions envisagées sont plutôt inquiétantes pour l’avenir. Il est d’autant plus important d’avoir un regard clair sur l’accompagnement que nous donnons à nos enfants.
Mon expérience m’amène à penser que les parents utilisent souvent la punition comme une alternative à la fessée, or elle constitue également une blessure pour l’enfant qui apprend dés lors seulement à l’éviter. Nous en reparlerons un peu plus en détail dans une autre chronique.
Que se passe-t-il lorsque cette punition s’évapore comme par enchantement ? Le parent se sent mal à l’aise à l’idée de blesser son enfant, et il renonce alors à la correction. C’est une manifestation positive, il fait alors preuve de compréhension.
Qu’en retire sa progéniture ? Que l’objectif de ses parents n’est pas de lui faire mal, mais plutôt de le protéger. Pourtant il sera parfois tendu, si cette menace pèse de façon systématique sur ses épaules.
Elle s’exprime le plus fréquemment lorsque nous sommes fatigués, perdus, que nous nous sentons impuissants à faire entendre nos limites.
Certains parents en usent très fréquemment, le « 1,2,3 » que nous avons quelquefois entendu dans notre enfance fait partie de l’arsenal éducatif quotidien. La menace est pourtant tout aussi inutile que la punition, et nous pouvons nous en passer pour apprendre le monde à nos enfants. Ce sera un peu l’objet de cette chronique que de vous soutenir dans un accompagnement respectueux de vos enfants, sans pour autant oublier cette clé essentielle : Vous avez été un enfant vous aussi. Et peut-être vous souvenez-vous de vos sentiments, de vos joies et de vos colères, des grandes peines traversées, etc…
Me retourner et regarder en face ma vie d’enfant m’a beaucoup aidé à voir de mieux en mieux ce qui est inacceptable pour un petit être humain.
Je vous propose un petit bout de route ensemble, si cela vous tente. L’aventure est parfois douloureuse, mais elle est toujours passionnante !
Alors en route !
Catherine Dumonteil-Kremer