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La Parentalité Positive au quotidien

Articles, idées, astuces de la pionnière de la parentalité positive en France, Catherine Dumonteil Kremer

Les fildeferistes de l'éducation


Oui, oui, vous avez bien lu, les fil de feristes !!! Qu'est-ce qui m'a inspiré ce titre, c'est sûrement le psectacle que j'ai vu à Paris avec Coline lors du tournage des maternelles sur le soutien parental.
Je vous en reparlerai de cette merveille (je veux dire, du spectacle pas de l'émission) ! Mais en attendant, hier, grâce au soutien d'une de mes chères amies, j'ai pu entendre une émission de télé sur le sommeil des bébés par téléphone (oui, vous ne le savez peut-être pas, mais nous avons perdu une télécommande ce qui nous "prive" de télé depuis des mois.) Et en écoutant les recommandations du pédopsy, je me suis dis, bon sang quelle énergie il faut y passer !!!
Toujours la même routine tous les soirs, surtout ne pas faire l'impasse sur un soir, les semaines de travail antérieures seraient fichues ! Surtout rester ferme, et veiller à ce que l'enfant s'endorme seul dans le noir, attention, vous êtes sur un fil de fer, l'équilibre est précaire, à tout moment vous pouvez tomber d'un côté ou de l'autre (lire à ce propos "Avez-vous peur du noir ?"). En plus, la chute sera terrible, vous serez vus comme de mauvais parent qui ont "cédé", c'est un joli terme "céder" vous ne trouvez pas ? Ceci dit il est sacrément mal vu. Alors d'après ce monsieur, il faudrait absolument arrêter d'allaiter la nuit à trois mois, sinon vous serez ennuyés avec des nuits entrecoupées. Vous devez éviter de courir dés que votre enfant vous le demande en particulier la nuit... enfin si vous voulez dormir, apprêtez vous  à grimper sur le fil de fer, mettez -vous en tension,  et  essayez  pendant des années  de ne pas tomber.

Ah mais c'est qu'il faut se contrôler pour ne pas vaciller, il faut rester ferme, droit, rigide. "Maman je veux un bonbon", "Non mon chéri, il faut que tu attendes quatre heures, les bonbons c'est à quatre heures pas avant" et le message interne est souvent celui ci "je lui ferai bien plaisir mais ce serait une énooooooooorme bêtise, ça fait des mois que j'essaie de contrôler son régime alimentaire, je ne vais pas tout fiche parterre aujourd'hui pour un malheureux bonbon quand même !"

Le fil de fer on peut le pratiquer dans tous les domaines de nos vies, et au niveau éducatif tout est possible. A la condition que NOUS ayons le contrôle, pour le garder il va falloir utiliser des systèmes punitions, récompenses, menaces diverses, etc...

Voilà ce que je trouve le plus grave dans cet exercice périlleux, c'est que l'on entraine notre enfant avec nous quel que soit son âge.
Vous imaginez un bébé de trois mois faisant du fil de fer ? Et bien c'est pratiquement ce qu'on lui impose quand on l'oblige à faire l'impasse sur ses besoins alimentaires la nuit, on le contraint aussi à faire l'impasse sur ses besoins affectifs, il sera si désespéré qu'il finira par ne plus nous appeler, et nous serons satisfait, il aura appris à faire un pas sur le fil de fer. Avec nous en support en quasi permanence, comment pourrait-il le faire seul ?

Il faudra bien lui rappeler la routine de temps à autre, car il arrive que les enfants ne démissionnent pas et qu'ils veuillent descendre du fil de fer et vous entraîner avec eux pour aller courir librement ! Il arrive qu'ils piquent de véritables crises de colère contre nous, il leur arrive même de dire ce qu'ils sentent quand ils commencent à parler. Ils apprendront bien vite malheureusement que s'ils veulent garder notre amour , il leur faudra apprendre à se contraindre à rester sur ce fil, au moins tant que nous  seront derrière eux à contrôler tout ce qu'ils font et ne font pas... Du coup ils apprendront à SE contrôler, comment auraient-ils le temps et la sécurité nécessaire pour apprendre les sentiments des autres. On n'a pas que ça à faire quand on marche en équilibre, on se préoccupe de ne pas tomber pour correspondre à l'idéal parental. Tout le monde est tendu dans la famille, mais un jour peut-être, tout marchera comme sur des roulettes ! Pour le moment les accidents sont fréquents, et il faut tenir, tenir ferme, tenir, surtout ne pas céder !

C'est ainsi que les enfants sous contrôle grandissent comme les autres, inexorablement. Arrivé à l'adolescence un regain de révolte peut surgir, ou plutôt un regain de sensibilité, ils sentent de nouveau la douleur que génère le fil large épais rugueux sous leurs pieds. Ils ont pourtant presque oublié qu'ils pouvaient courir librement ! Mais cette douleur engendrée par le manque de confiance, une estime de soi moindre, une impossibilité de décider pour soi, de faire ce que l'on désire, d'apprendre ce qui nous attire, la douleur accumulée depuis des années parce que nos besoins vitaux n'ont été que partiellement entendus, elle se manifeste fort de nouveau, et on perd l'équilibre parfois... Certains essaient de tenir sans sentir, en prenant des drogues ou des médicaments, en se jetant à corps perdu dans le travail, ou dans une activité valorisante... La plupart resteront en équilibre sur le fil, la corne sous les pieds leur permettra de ne plus sentir, de vivre à moitié, de faire la même chose pour leurs enfants !

Conclusion : descendez vite de là haut, si vous ne voulez pas vivre à moitié, si vous considérez votre enfant comme un être humain à aimer, à soutenir et pas comme un petit ennemi  (aimé, tant aimé pourtant) dont il faut maîtriser le comportement. Vous avez le vertige ? Vous ne savez plus comment descendre ? Il y a un filet de sécurité, essayez de ne pas avoir peur. ça ne vous fait pas envie ce qui est en bas ?
Vous savez que ceux qui sont en bas ont eu autant de difficultés que vous à descendre, mais maintenant ils ont retrouvé la sérénité, la confiance, la tranquillité ! Et les enfants qui ne sont plus sous contrôle, que l'on protège tout en leur faisant confiance, sont enfin responsables d'eux mêmes, quel soulagement vous ne trouvez pas ?










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jenufa 08/12/2012 20:46


Mais bon j'ai des élèves conditionnés aux sanctions je sais pas comment les prendre, c'est des élèves aux prises avec des difficultés, je suis hyper maladroite, je fais des erreurs, c'est des
classes qui tiennent pas en place.

jenufa 08/12/2012 20:45


Et donc ça me fait très mal de mettre des sanctions je le fais pas, du coup ça donne une classe qui tient pas en place.
Alors on culpabilise, on se dit:


mince, je fais comment sans sanctions?


Je suis quand même pas là pour jouer à l'adjudant chef non!

jenufa 08/12/2012 20:43


Vacataires dans l'éduc nat:


on nous balance devant des classes comme ça pouf, et on nous dit:


les élèves testent faut coller des limites.


 


Ben pour gérer tout ça sans expérience, bonjour!

jenufa 08/12/2012 20:41


je fais comment avec mes élèves?


 

Anne 27/07/2006 15:18

Votre article m'a bouleversée.
Sans être une adepte folle du fil de fer, (Encore cette nuit, je suis allée voir mes  bout'choux de 6 et 3,5 ans) je m'aperçois, par le biais des bonbons, que c'est difficile pour eux deux, mes enfants, de savoir ce que je veux..tant de règles et d'interdits, voulues pour les aider à bien grandir, ne seraient que des leurres....
Vaste réflexion...il va falloir du courage, pour se remettre en question... 

hélÚne 20/04/2006 22:30

Comme Gaëlle, j'ai acheté aussi cet affreux bouquin écrit par un célèbre pédopsychiatre et une journaliste, en plus l'édition 2006 (i faut bien réactualiser...) : Je me suis laissée tenter,  j'ai pensé que l'auteur principal devait avoir de bonnes idées... Quelle horreur ! Le châpitre sur le "dressage" au sommeil est aussi particulièrement scandaleux. Je suis très en colère que de telles inepties circulent et fassent un peu référence. Heureusement que des écrits comme ceux de Catherine existent aussi.... Je me sens moins seule !
Bien chaleureusement,
Hélène, maman de Quentin qui (oooooh mon dieu !) "ne fait pas ses nuits" à 7 mois et est toujours allaité (quoiiiii ! A son âge !)

hélÚne 20/04/2006 22:19

J'ai aussi, comme Gaëlle

marion 17/04/2006 23:01

pffffouje n'ai pas pu aller au bout de cet article. trop douloureux, terrible.Il me fait un echo terrible a ce que j'ai bien pu faire vivre a Célia. A ce que j'ai pu laisser faire a Célia. Dur dur.Il me fait limite mal ton article là :(Et comme i lest dur de descendre de ce fil de fer, j'ai un mal terrible a aller me rouler dans l'herbe pourtant si verte.Ma grande puce m'apprends un peu tous les jours à oulbier ce fil de fer, mais pas assez vite pour elle je le crains, et pas assez vite à mon gout non plus. Mais tant pis, o navance quand même, a moitié sur le fil, à moitié en regardant l'herbe, j'y arriverais bien un jour,j 'ne suis suremarion

Seccotine 07/04/2006 15:02

C'est marrant, parce que moi, j'ai une image très positive du funambule ... et je fais exprès de changer de mot, parce que dans fil de feriste, il y a fil de fer, comme "barbelé", comme "bien tendu" - et ça, ça fait vraiment écho à ce que tu évoques très bien, toute la tension qui accompagne cette position à tenir "à tout prix"
Pour moi, le funambule est souple, ses pieds sont sensibles et réagissent à la moindre variation de tension, en s'adaptant sans cesse, pas dans la rigidité, mais au contraire, dans la souplesse, la légèreté, par petites touches ... Parfois, il a un grand balancier (est-ce qu'une liste de discussion pourrait être un balancier ?)
Le funambule est un artiste, peut-être pas forcément quelqu'un de très ancré dans la vie de tous les jours, mais bon, malgré tout, comme tous les artistes, obligé de faire avec les contraintes super réelles de la pesanteur, de l'anatomie ... qu'il transmute, alchimiste de la corde raide, en un exercice de légèreté.
Funambule ... revenir à l'essentiel ... la corde, l'accord ... avoir le geste harmonieux, être hyper concentré sur ses sensations, sur le fond du fond de la sensation, là où ce qui compte, ce ne sont pas les querelles d'expert, mais les réalités de l'équilibre ...
Quand je pense à l'éducation non-violente, à l'éducation "autrement", comme tu dis, Catherine, je me dis qu'il y a quelque chose d'extrêmement difficile, parce qu'il y a un gros travail de déconstruction à faire, parce qu'il faut être d'accord d'aller là où ça fait peur, là où ça fait mal, parce qu'il faut créer et ne pas refaire, parce que parfois, ça refait avant même qu'on ait vraiment eu le temps de réagir ... Et en même temps, il y a quelque chose d'aisé, de libre, d'ample, parce qu'on cesse de lutter contre le courant, parce qu'on cesse de fermer les yeux, parce qu'on se laisse porter par une force immense ...
Voilà à quoi je pensais, moi, en pensant au parent funambule :) Ceci dit, courir, se rouler dans l'herbe, et rire tous ensemble, c'est vachement bien :)
Bises
Helene

bam 07/04/2006 13:50

J'adore cette image, je suis super émue
Bisous
AM