Après mon week-end à Strasbourg (c'était vraiment très chouette !), je me suis précipitée chez mon libraire habituel, et je me suis procurée une BD recommandée par Christian (merci à toi si tu me lis, j'ai suivi toutes tes suggestions au moins pour les mangas.) "Blankets, manteau de neige" de Craig Thomson.
Pourquoi cet article n'est-il pas classé dans la rubrique "Je lis, j'écoute", et bien parce qu'en le lisant, j'ai recontacté la terrible solitude de mon enfance, et celle de mon adolescence. Nous en avons même discuté avec Coline, je sais que mes enfants se sentent compris partiellement, il y a toujours des points complexes, mais ils ne se sentent pas seuls dans un monde complètement hostile, ils n'ont pas peur de s'exprimer, de dire ce qui ne va pas, ils sentent que notre vie est "aussi" organisée en fonction d'eux de leurs besoins, de leurs affinités, de leurs désirs.
Je n'ai jamais été très amateur de BD, bidochons et frustrés mis à part. Mais j'ai trouvé dans celle-ci une grande sensibilité, c'est une découverte pour moi en tout cas.
Dés les premières pages l'auteur met en scène la peur d'un petit enfant, punis, enfermé dans un placard, il s'agit du frère du personnage central, sa peur est perceptible, elle dépasse le cadre du dessin, on pourrait presque la sentir. Ce qui m'a frappée le plus c'est la grande solitude de Craig (cette histoire est autobiographique), partout où il est, il ne se sent compris par personne, il est écrasé par ses "copains" de classe, il subit des railleries de toute part, ses parents tentent de le faire entrer dans un certain type de moule, son éducation est très reliée à la religion chrétienne. Mais lui en tant qu'être, n'a aucun espace de reconnaissance. Il fuit dans le dessin, c'est sa seule respiration, ce sont ses seuls moments de bien-être. Voici quelques unes de ses paroles :
"Enfant j'étais convaincu que le vrai monde était horrible et qu'il devait y avoir quelque chose de mieux."
Et il ajoute "Tous les soirs j'aurais aimé pouvoir m'enfuir".
Cela me rappelle le titre du célèbre bouquin de John Holt "Sévader de l'enfance", moi aussi j'aurais bien aimé m'évader, mais c'était impossible, je me sentais seule, et mes livres constituaient un refuge. J'ai passé un temps infini seule, à penser, et à repenser à tout ce qui allait m'arriver avant l'âge adulte où je pourrai faire ce que je voudrais faire, enfin !!! (Je n'avais pas beaucoup d'ambition de ce côté-là, juste vivre à mon propre rythme !)
Je voyais l'école comme une période d'enfermement interminable, je crois qu'à trois ans, je n'arrivais pas en voir le bout, j'essayais d'imaginer mais c'était impossible. En plus, avec mes livres j'étais en constant décalage avec les centres d'intérêt des autres, j'avais malheureusement une année d'avance et cela n'arrangeait rien.
J'ai eu comme cet auteur envie de quitter l'enfance, je n'y avais aucun pouvoir sur ma vie, je devais seulement me conformer aux demandes des autres : Parents et enseignants. Tout cela a cessé au lycée où subitement je suis devenue très populaire. Mais la route m'a semblé longue, un désert d'incompréhension.
Voilà le commentaire du Time trouvé sur la quatrième de couv du bouquin de Craig Thomson :"Une rareté : L'histoire d'un premier amour si précisément et si honnêtement relatée qu'elle nous rappelle ce que c'est que tomber amoureux... Vraiment magnifique."
Je vais y ajouter ceci, une vision de l'enfance très réaliste, un coup de crayon qui pénétre sans ménagement au coeur de l'émotion passée, cette histoire fera-t-elle écho à la votre ? Tenez-moi au courant...
Bonne journée.
Catherine Dumonteil-Kremer
Jeudi 18 mai 2006
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