Jeudi 22 février 2007
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"Car la machine scolaire oeuvre à d'autres dessins qu'à ceux qu'elle proclame. Elle prétend former l'individu, la personne, le citoyen, l'homme et la femme ; de fait elle produit des singes savants, des consommateurs, des sujets dociles, des abrutis rompus aux ruses utiles pour obtenir une place dans la société et s'y maintenir. D'où sa passion pour les têtes bien pleines or rien n'est plus vide qu'une tête bien pleine." Michel Onfray.
Cette citation est tirée de la préface du livre de Gilles Geneviève " La raison puérile. Philosopher avec des enfants ?", j'ai envie de vous parler un peu de cet ouvrage que j'ai vraiment aimé lire. Cela faisait longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à partager l'expérience d'un auteur. C'est Pierre, mon compagnon qui m'a offert cet ouvrage et je dois dire que mon premier réflexe a été un mouvement de recul ! Qu'est-ce que cela peut cacher un titre pareil ? "Enseigner" la philosophie à des enfants ? Encore un livre pour enseigner quelque chose à des enfants, mais quand les laissera-t-on tranquilles ? Je me trompais lourdement sur la démarche de Gilles Geneviève qui raconte l'expérience de l'atelier de philosophie pour enfant de l'université de Caen. Les enfants sont volontaires pour s'y rendre, l'adulte (en l'occurence l'auteur) y est seulement facilitateur, il a à coeur de se rendre presque invisible, laissant toute la place à l'expression des individus qui sont là pour poser des questions et en parler ensemble.
Il n'est pas là pour évaluer, pas plus pour donner son avis d'ailleurs, il prend des notes et reste à l'écoute humblement. J'ai senti de la part de Gilles Geneviève un immense respect des enfants, une grande confiance aussi dans leur capacité de réflexion, un lâcher prise : il se laisse mener par le groupe, si le débat attendu n'a pas lieu, inutile de forcer les choses, tout le groupe en fait l'expérience. Au fil des pages on partage ses enthousiasmes, ses déceptions, ses considérations, il rend compte de chaque questionnement, chaque débat sans jamais émettre aucun jugement sur la parole des enfants, aucun sous entendu, aucune ironie.
A ma grande surprise, j'ai retrouvé mes valeurs dans cet écrit, l'écoute (avec des références à Gordon notamment), le jeu (Gilles Geneviève parle de jeux coopératifs assez brièvement), le non jugement, l'acceptation de l'autre avec ses différences, le refus d'une école où l'élève est seulement soumis à l'adulte...etc...
Ce livre est truffé de réflexions à propos de l'école, ce qui me permet de revenir à mon sujet avec celle-ci par exemple :
"De même penser l'école comme une sorte de marche-pied permettant d'entrer gaiement dans la grande famille du salariat, n'est-il pas pernicieux ?
Cette façon de faire n'est-elle pas percluse de présupposés économiques, politiques, philosophiques pour tout dire ? Car pouvons-nous accepter de laisser nos jeunes, ceux que nous revendiquons comme "la chair de notre chair" immoler leur enfance sur l'autel de l'ascenseur social ? Qui dans cette nouvelle et laïque version du sacrifice d'Abraham, retiendra notre bras ? C'est nous-mêmes qui les conduisons au martyre en les contraignant à consacrer le plus clair de leur temps à leurs études-Des dizaines d'heures chaque semaine, autant voire plus que bien des salariés- Et en leur disant implicitement, ou explicitement, "travaillez maintenant vous serez heureux plus tard".Mais de quel bonheur s'agit-il ?
Sans l'énoncer clairement, l'expression "ascenseur social" assimile le bonheur au confort matériel, aux postes de pouvoir." La suite est édifiante, mais je suis obligée d'interrompre là ma citation, mais vraiment lisez ce livre de Gille Geneviève, je suis sûre que vous ne le regretterez pas !
Voici une nouvelle raison qui fait que mes enfants ne vont pas à l'école, parce qu'elle leur volerait leur enfance, et leur enfance n'a pas de prix !
Catherine Dumonteil Kremer
Par Catherine Dumonteil Kremer
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Publié dans : L'école à la maison ou vivre ensemble
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