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La Parentalité Positive au quotidien

Articles, idées, astuces de la pionnière de la parentalité positive en France, Catherine Dumonteil Kremer

Sentir, Souffrir, Se plaindre

 

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Souffrir, sentir, se plaindre, août 2008


Des circonstances particulières ont conduit une de mes filles à l’hôpital. Depuis huit jours elle a changé de service, elle est en pédiatrie. Tous les jours je passe devant une enfilade de chambres. Et hier justement j’entends un aide soignant apostropher un enfant : « Tu ne vas pas me dire que ça te fait mal ? »
-    Ben oui m’sieur ça tire, et puis « ils » ont dit qu’ils allaient me l’enlever
-    S’« ils » ont dit cela ils le feront eux-mêmes, et puis t’es un homme ou une chochotte ? »
Quelle alternative ! Je ne crois pas avoir entendu de réponse… C’est cette personne qui est si charmante avec ma fille qui parle de la sorte à un autre enfant ?
Oui, mais ce dernier n’appartient pas au sexe autorisé à montrer sa souffrance et ses sentiments.

Une situation qui  progresse peu
Je croyais naïvement que la situation avait évolué pour les garçons, qu’il leur était possible de montrer librement leurs  blessures, leurs souffrances, de pleurer tout leur saoul. Apparemment il reste encore pas mal de travail à faire sur le sujet.

L'oppression des hommes

 

On parle souvent d’oppression des femmes dans notre société, mais l’oppression des hommes existe aussi et commence dès la minute où nous connaissons le sexe de l’enfant que nous portons. Les garçons sont priés de ne pas ressentir, ils ne doivent pas avoir de contacts affectueux entre eux. Très souvent, à partir de 4 ans on ne voit plus deux petits garçons se tenir la main, ils ne doivent pas se plaindre au risque de passer pour des êtres faibles, sans dignité. Il  suffit de regarder ce qui se passe à l’entrée et à la sortie des écoles, les garçons n’ont très vite pas le droit de montrer que leurs parents leur manquent.
À la sortie du collège, on les voit très fréquemment se « cogner » pour rien, pour rire, et ils ne sont pourtant pas nombreux à apprécier la farce, ils font cependant amende honorable.


Une carapace très épaisse


Peu à peu, on les enferme dans une épaisse carapace dont ils sont les premiers à souffrir, et qui leur sera reprochée dans leur couple. Coupés d’eux-mêmes, il leur sera alors très pénible, de parler d’eux, de leurs sentiments. Ils ne parviennent quelquefois même pas à comprendre en quoi consiste cette démarche tant elle leur semble étrange En dix ans d’animation de groupe d’écoute des émotions, je dois reconnaître malgré cela que les plus jeunes hommes sont moins coupés d’eux-mêmes, le progrès est lent à se manifester.

Quelques idées pour explorer le terrain
Voici quelques questions pour vous aider à investiguer votre terrain émotionnel si vous avez des petits garçons :
Que ressentez-vous quand votre petit garçon s’habille et se maquille en fille ? Qu’il joue fréquemment à la poupée ? Qu’il réclame des jouets « de fille » ? Qu’il pleure abondamment et très fréquemment ?
Eprouvez-vous une tension grandissante ? La plupart des parents que je connais n’ont aucune peine à l’accepter une fois ou deux, ou même lorsque leur garçon a moins de 5,6 ans environ. Mais si l’enfant y prend goût, les tensions grandissent, elles sont souvent plus intenses pour le père d’ailleurs.
Votre enfant a beaucoup à faire avec les jeux marqués « fille ». Il est naturel qu’il explore toute sorte d’attitudes et de situations qui l’intriguent dans le jeu justement où tout est possible. Il répond à un besoin, il s’entraîne découvre, votre malaise vous appartient.
Quant à ses larmes, elles sont un véritable cadeau ! Elles lui permettent de guérir de ses souffrances et ce à n’importe quel âge.
Tous les jeunes garçons devraient avoir la possibilité d’être complètement eux-mêmes, sans ressentir de crainte, ou qu’ils soient. Un défi pour nous tous, qui changera la façon d’être des pères et des mères dans l’avenir…

Catherine Dumonteil-Kremer









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Jenufa 12/01/2013 13:54


J'ai meme eu droit à:


porquoi vous nous frappez pas madame?
On aime ça!

Jenufa 12/01/2013 09:54


Et les sanctions ça sert à rien.
Ils connissent que ça pour se calmer.
Et j'imagine pas comment ils sont traités à la maison.


Meme les filles s'y sont mises!


 

Jenufa 12/01/2013 09:52


Un pardon j'ai fait une faute.
Et moi complètement démunie, z'étaient lachés.
Madame c'est un jeu.
Ouais ouais c'est ça.


Alors si on peut mettre unj topic sur ce site pour comment les dégouter de la baston; ça rendrait service.


 


 


 

Jenufa 12/01/2013 09:50


Pfff hier une classe était tellement venere de partir en stage...
que le cours a viré à la baston.
Et ils considèrent ça comme un jeu.
y en a meme hein:


on se bat comme ça pour savoir qui est le chef (un caid avec une bouille d'ange m'enfin un caid quand meme)


 

Jenufa 15/12/2012 17:32


Ah ça les bagarres de garçons j'y suis confrontée au quotidien avec mes élèves.


Même les filles s'y mettent!


 


Je me sens un peu impuissante je dois dire!

Catherine 22/08/2012 14:12


Bonjour.


Depuis que mon fils est bébé, je l'encourage à pleurer quand il pleure en lui disant "vas-y mon bonhomme, ça va te faire du bien de pleurer, ça ira mieux après", ou des phrases de ce genre, au
grand étonnement des mon entourage. Il a désormais 6 ans. L'autre jour, je l'ai entendu dire à sa petite soeur de quelques mois qui pleurait "pleure Mila, tu vas voir, ça va te faire du bien"!
Que c'est doux à mon coeur de constater cette transmission de mes valeurs.


Merci pour votre blog!

magali 04/03/2012 21:53


maman de 3 garçons, j'ai fort à faire dans ce domaine!! L'aîné (11 ans) est abominé dès que le mot sang est tout juste sous-entendu, il est sensible et pleure souvent, déteste "la bagarre". Le
second (7 ans) adore le maquillage, le vernis à ongle, le rose et les coeurs, voudrait être pompier, cafetier et cuisinier. Quant au petit dernier (2 ans) sa passion du moment est ma très vieille
poupée qu'il câline et pouponne de tout son coeur. Quoi dire? Je suis contente qu'ils puissent s'exprimer sans honte, ne pas cacher leurs sentiments, leur nature profonde. Ils explorent leurs
sentiments, ils me voient me maquiller, leur faire des câlins... Petite je jouais avec des camions, des légos et préférais les jeux de garçons aux jeux de filles. J'ai été pompier quelques
années. Je suis féminine, coquette et je ne pense pas être la pire des mères. Quant à leur future orientation sexuelle elle ne m'inquiète pas plus que leur future orientation professionnelle. Ils
rencontreront une personne (homme ou femme), ils travailleront. Tout ce que je leur souhaite c'est d'être heureux et épanouis dans leur vie.

Anne-Gaëlle Picart 02/03/2012 09:09


Bonjour Catherine,


J'espère que ta fille va mieux. Ce que tu racontes est choquant et ça me rend triste pour ce petit garçon. Je pense qu'il faudrait d'urgence faire de l'accompagnement auprès de toutes les
personnes au contact d'enfants pour des rapports non-violents et non-sexistes (le sexisme n'étant qu'une forme de violence particulière).


Autant il semblerait impensable qu'un médecin se permette une remarque raciste sans craindre de conséquences, autant tout le monde y va de ses stéréotypes de genre en toute bonne conscience.
C'est probablement dû à un manque de prise de conscience de l'injustice de ces stéréotypes.


Merci en tout cas pour ce billet et la discussion qu'il engendre.


Bonne journée à tous,


Anne-Gaëlle

renrod 25/02/2012 10:40


Bonjour madame,


Je découvre votre article parce qu'une amie sur ce site a mis cet article en lien sur son blog.


je suis un homme, par pas mal d'aspects, mais sans doute pas totalement comme la société s'imagine un homme stéréotypé. En effet, lorsqu'une femme me plaît, j'éprouve l'envie de me ridiculiser
devant elle, pas à chercher son admiration par une prestance, une démonstration de force. Et je suis content lorsque, voyant de moi une photo ou une attitude risible, elle se moque de moi.


Mais je songe aussi aux gens qui, nés avec des corps d'hommes ou de femmes, ne se reconnaissent pas du genre auquel correspond leur corps, et qui vont jusqu'à se faire opérer pour être en
cohérence esprit/physique.


Bien à vous


Bertrand

Sabbio 14/02/2012 21:36


Merci Catherine, comme toujours, pour ce billet si riche et généreux! Quant au trémoignage d'Isabelle, il me touche beaucoup... je trouve ça terrible pour ces deux petits :(
J'ai une fille et un fils et je les laisse tous les deux exprimer leurs ressentis, que ce soit la colère, les pleurs, la sensibilité... des émotions à exprimer et laisser s'exprimer chez tous,
filles et garçons!