Mercredi 21 février 2007
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Est-ce parce que l'école, le collège, rendent les enfants dépendants de l'autorité ? Contrairement à ce que l'on peut penser, l'école ne donne pas aux enfants l'autonomie dont ils auraient besoin à un certain âge.
Ils ne peuvent prendre aucune décision, même celle d'écrire avec un stylo de couleur ne leur appartient pas, les feuilles "doivent" appartenir à une catégorie x ou y, leur couleur également, au risque de contrarier l'enseignant... Si vous êtes parents vous vous souvenez probablement des listes d'exigences professorales, de la crainte de vos enfants de ne pouvoir les satisfaire...
Quand leur explique-t-on le bien fondé de ces exigences, en leur donnant la possibilité de ne pas les satisfaire dans la mesure où du matériel reste de l'année précédente qui pourrait être écoulé ? Cela dépend beaucoup de l'adulte face à eux.
A quel moment demande-t-on aux enfants ce qu'ils voudraient apprendre, et comment ils souhaiterait acquérir le savoir faire choisi ? Pour éviter de répondre jamais, je vais répondre que ce n'est pas le cas dans l'immense majorité des collèges et des écoles de France. Pourtant je crois qu'aujourd'hui personne ne remet en question l'importance de la motivation dans l'apprentissage. Pour autant, je n'ai pas l'impression qu'il en soit tenu compte à l'école.
L'éducation nationale tient-elle compte des récentes découvertes en neurosciences cognitives ? J'ai découvert sur internet un rapport des plus intéressants sur les liens que l'on pourrait d'ores et déjà établir entre le fonctionnement du cerveau et l'apprentissage.
Ce rapport émane de l'OCDE qui a mis en place le CERI, Centre pour la recherche et l'innovation dans l'enseignement. L'objectif du Ceri est d'établir des liens entre plusieurs disciplines (neurosciences, éducation, santé, politique, psychologie) et d'en tirer des conlusions pour ce qui est de l'apprentissage. On peut constester l'action de l'OCDE, mais ce rapport est vraiment édifiant et je vous recommande d'aller le lire et de faire circuler le lien autour de vous tant il lève le voile sur l'incapacité pour l'école telle qu'elle est aujourd'hui de remplir sa mission.
Quelques citations éloquentes tirées de ce rapport :
"Plus nous en apprenons sur le cerveau humain, en particulier les premières années de l’existence, moins nous sommes à l’aise avec le modèle traditionnel de la salle de classe et le programme imposé de l’éducation formelle. Ce soucis est particulièrement pertinent par exemple, lorsqu’on cherche à évaluer les mérites respectifs pour le nourrisson, de la mère et de la crêche, pour l’enfant de la scolarité à domicile et de l’éducation formelle ; pour l’adolescent de ses intérêts naturels et des programmes nationaux. Il semble douteux que la configuration actuelle de l’éducation de la jeunesse soit conçue pour encourager l’imagination et la créativité, l’autonomie, et l’estime de soi. Pour tous les âges mais spécialement pour les jeunes, il est nécessaire de reconsidérer l’importance du jeu, le rôle du stress (vu à la fois comme un défi et comme une menace), et les implications de la diversité humaine. "
« Aujourd’hui l’idée que l’intelligence humaine puisse être strictement limitée ou présente en faible quantité paraît des plus bizarre. »
« La seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude à propos des limites de l’intelligence humaine (telles qu’elles sont mesurées par l’intelligence scolaire) c’est qu’elles sont inconnues et qu’elles continuent de déjouer nos prévisions » p 21
« Les groupes humains tendent à se conformer à une norme perçue. Les groupes résultants d’une ségrégation le font de façon encore plus forte que les groupes à population variée. Comparons le comportement d’enfants à l’école et en famille, ou d’adultes au travail et à la maison. La présence d’un groupe de pairs, à l’école ou sur le lieu de travail, peut conduire à un comportement conformiste. Notre conduite semble plus libre dans un contexte plus varié. Nous sommes davantage en mesure d’être nous mêmes, et d’accomplir notre potentiel, lorsque nos pairs ne sont pas là pour nous limiter. »
« Un système conçu pour trier et récompenser les plus capables peut-il être réformé de façon à aider tous les élèves à réaliser leur potentiel ? Ou si une réforme est impossible l’avenir de l’éducation passe-t-il par une révolution ? »
«Traditionnellement un programme scolaire se compose de trois éléments : connaissances, compétences et attitudes. Et les programmes scolaires traditionnels ont tendance à placer les connaissances au dessus des compétences, et les compétences au-dessus des attitudes.
L’expérience de la vie et du travail suggère un ordre de priorités différents : Attitudes, compétences et connaissances. Les attitudes positives (responsabilité, espoir, confiance en soi, confiance dans les autres ) sont la clé d’une vie réussie et d’un travail gratifiant.
Certaines compétences ( communication, travail en équipe, organisation, résolution de problèmes ) sont elles aussi essentielles. Maintenant qu’une immense partie des connaissances du monde est accessible dans les livres ou sur l’internet, il devient moins important de pouvoir la stocker dans son cerveau. Le défi est de créer une société apprenante et non une société de la connaissance pour le 21 ème siècle, société qui exige un programme ASK. (attitudes, skills, knowledge, le verbe ask signifiant demander.)"
" Comment font les gens pour apprendre au mieux ? Et ou aiment-ils le mieux apprendre ?
Certains préfèrent apprendre chez eux, d’autres au travail, d’autres à l’université. La réussite remarquable de la scolarité à domicile pourrait avoir des implications révolutionnaires. Il existe apparemment une multitude de styles d’apprentissages, définies par exemple en fonction d’un médium (l’œil, l’oreille, la main) ou d’un type d’intelligence préféré, ou encore du sexe, de la préférence pour la théorie ou la pratique, de la méthode, par incréments ou en commençant par la fin, ainsi de suite. Nous sommes encore loin d’avoir élaboré une théorie adéquate, et une analyse pratique des styles d’apprentissages.
Ce que nous savons c’est que la réussite est probable si l’apprenant a
une grande assurance et une bonne estime de soi, a une forte motivation pour apprendre,"
Je n'ai pas pu m'empêcher de souligner en gras la remarque ci-dessus... Vivant en France j'ai parfois l'impression que les parents qui ne scolarisent pas leurs enfants sont vus comme des marginaux qui n'ont aucune conscience des besoins de leurs enfants, quand je lis ce rapport j'ai plutôt le sentiment que ces familles ont un savoir, une expérience de valeur à partager avec l'institution Education nationale. Tout comme les enseignants ont aussi à nous apprendre, lorsqu'ils sont passionnés par leur métier !
Allez vite le lire, là
La suite demain...
Catherine Dumonteil Kremer
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