Elever son enfant...Autrement

Qu'est-ce que j'aime être
une femme ! Vous n'imaginez pas...
Je me vautre dans la jouissance de mon sexe ;-) Mais depuis quand exactement ? Chez moi les filles
étaient très valorisées, survalorisées même au détriment des garçons. J'ai été élevée par une combattante, une de celles grâce auxquelles j'ai pu faire des choix, vivre ma vie... Elle ne tolérait
aucune différence de traitement entre mon frère et moi. Mon père était interchangeable avec elle, nous préparant nos repas lorsque nous rentrions entre midi et deux de l'école, du collège ou du
lycée. Certaines tâches lui étaient dévolues : le linge par exemple. Parler de cela en classe me valait les sarcasmes de certains enfants chez qui le père lisait son journal les doigts de pieds
en éventail et donnait un puissant exemple à ses enfants.
Bref, pour moi être une fille c'était un peu équivalent au fait d'être un garçon. Que pouvait-il y avoir
de différent ? C'était presque dangereux de l'évoquer ou d'y penser...
Mon premier bébé
Et puis mon premier bébé a montré le bout de son nez, et j'ai commencé à comprendre vaguement dans mon
corps ce que j'étais seule à pouvoir vivre. Ma grossesse a été divine ! J'étais dans un état d'euphorie permanent... C'était délicieux d'être enceinte, je me sentais privilégiée...Jusqu'au jour
où mon obstétricien a décidé de me contraindre à l'arrêt de travail... J'en pleurais ! Mais pourquoi une telle injustice ! Mon boulot me passionnait et j'étais en pleine forme. J'avais beaucoup
de mal à comprendre mes collègues de travail parlant de congé parental, de difficultés à reprendre une activité ! Quelle folie ! Arrêter de travailler...
Après la naissance de mon bébé, je reprendrais mon activité au plus vite, il serait gardé chez moi, cela
ne m'empêcherait nullement de m'en occuper !
Comme prévu j'exécutais mes plans, sous péridurale ma fille vint au monde, et je tombais immédiatement
amoureuse de ce petit être que j'avais portée neuf mois. Pour elle j'étais prête à me dépasser, à faire en sorte que sa vie soit un fleuve réjouissant et tranquille. J'ai découvert un
comportement que je ne me connaissais pas auparavant, j'étais devenue selon les termes de mon paternel "super chiante"... Je travaillais certes, mais n'importe qui ne pouvait pas faire n'importe
quoi avec mon bébé ! Il était une priorité pour moi. La mère chimpanzé était entrain de refaire surface.
J'ignorais jusque-là son existence, je la niais même à l'occasion. J'avais parfois envie de l'ignorer, je
n'avais nullement le temps de la prendre au sérieux. Pourtant elle me poussait à me soucier de mon bébé avec une insistance invraisemblable. Je lisais plein de livres et appliquais soigneusement
les consignes dictées par certains spécialistes du moment, dont Dolto faisait partie.
Et si je le faisais avec tant d'application c'était uniquement à cause d'elle, la mère chimpanzé en moi
qui me disait que cet enfant était plus important que tout, qu'il ne fallait surtout pas lui faire de mal.
Je faisais ce que je pouvais... Et puis, quand ma fille eut atteint son huitième mois, je suis devenue
enseignante. La mère chimpanzé me sussurait depuis un bon moment que mon bébé avait besoin de moi, que j'avais besoin de lui, il me fallait du temps, j'ai choisi de travailler trois fois
moins.
Et c'était vraiment excitant de vivre aux côtés de cette enfant qui grandissait, et n'avait qu'une hâte :
avancer, progresser, exister à la façon des hommes.
Avec mon deuxième enfant, j'ai rencontré les délices de l'allaitement mmmmmmmmmmmmiam !
Le plaisir était partagé, mon bébé était rose de plaisir et j'étais pleine de fierté de le voir grandir
grâce au lait de mes seins. Tiens, si on m'avait dit ça pour la première... Si j'avais su que c'était si bon à vivre... J'ai été un peu bernée je pense, on m'a fait croire qu'il s'agissait d'un
simple choix, que biberon et seins étaient équivalents ! Et bien dès la première tétée j'ai su que non, et je n'ai pas eu besoin de consulter la kyrielle d'études existantes à ce sujet. Maman
chimpanzé était là, j'écoutais mon corps, ses sensations, ce simple contact de la bouche de mon bébé avec mon sein, ses regards entre nous qui en disaient long sur cette relation qui démarrait.
Non, je ne me séparerais pas de ce bébé-là pour aller m'occuper des enfants des autres. C'est mon premier congé parental qui commence et je me retrouve face à trois années de liberté pour vivre
avec mes enfants. Quelle chance ! C'est une autre vie qui commence...
Un troisième enfant arrive, il nait à la maison... Surprise, je me découvre une puissance dont je n'avais
pas soupçonné l'existence, JE mets au monde mon enfant !
Je n'ai plus peur de grand chose, je me sens complètement femme... Et de plus en plus chimpanzé
:-)))
Avec cette dernière fille mes poils ont poussé et j'ai de plus en plus envie d'aller jouer dans les
arbres... Elle a tété plus de sept ans, et s'est niché au creux du lit familial de longues années...
J'ai tant appris sur moi même, les autres, l'importance de répondre aux besoins des enfants... Je suis
devenue plus rapide, plus sociable, plus intelligente, plus vivante...
C'est vrai, j'aurais aimé pouvoir faire des choix éclairés dès mon premier enfant. J'aurais bien aimé que
l'on me dise clairement quelles seraient les conséquences de mes choix. Non seulement sur mes enfants, mais sur moi même, sur mon plaisir de vivre, d'être !
J'aurais aimé que mon enfant soit mis au premier plan et non pas relégué à l'arrière, la querelle
féministe prenant toute la place. Les enfants ont-ils des droits ? Il me semble que oui, pourtant quand je lis les articles de certaines féministes des années soixante-dix, je me demande si nous
ne nous faisons pas une fois de plus piéger. Les enfants sont les générations de demain... Comment sortir des impasses où nous nous sommes fourvoyées si nous ne sommes pas capables d'avoir un
regard critique sur l'accompagnement que nous leur prodiguons. Dans ce débat les enfants sont une fois de plus quantité négligeable. Alors qu'ils sont peut-être l'unique priorité qui vaille la
peine que l'on réfléchisse... Parents, non parents (n'importe qui peut-être allié des enfants et apporter sa contribution) nous avons à trouver des solutions ensemble.
Je suis une femme, et je souhaite à toutes mes soeurs de découvrir à quel point il est bon d'être une
femme que l'on ait ou pas des enfants. Je voudrais un monde où on me considère aussi en tant que mère, où l'on voit mon travail comme le plus important qui soit, où on me facilite la tâche au
maximum ! Je voudrais un monde où mes choix de femmes soient respectés que je veuille travailler ou m'occuper de mes enfants 24 heures sur 24. Quand j'ai fait le choix de travailler, j'aimerais
un soutien de manière à ce que je puisse me recharger, et accomplir mon travail de parent. J'aimerais la même chose à la maison, la possibilité de me recharger, et de ne pas succomber à
l'épuisement qui me guette parfois. Pour conclure un peu abrubtement :
laissez-moi vivre ! Bonne journée à tous, je retourne faire la sieste avec mon compagnon dans mon arbre
;-))) Je crois que lui aussi aime me voir jouir de ma dimension féminine...
A suivre...
Catherine Dumonteil Kremer
bises,
Laurence
Enceinte de 8 mois, je me retrouve tout à fait dans le début de votre post !:) L'histoire nous dira pour la suite... Très belle réflexion en tout cas.
Même mon homme tombait des nues.
j'aime être mère mais j'aimerais juste qu'on me simplifie un peu la tâche pour le boulot.
tout est dit, depuis mon fils ma definition de la feminité à son apogée c'est etre mère !
Donner la vie , voir son corps changer, ses seins se gorger de lait et de vie, puis comme par magie revoir ce corps reprendre sa forme initiale, voir cet etre né par amour , grandir evoluer , nous appeller maman , et nous dire "je t'aime".
Nous leur donnons la vie , puis la connaissance , des valeurs, de l'amour.
Pas un metier certain dirons , pourtant nous devenons enseignantes, infirmieres, couturiere, coiffeuse (on s'ameliore avec le temps mdr) psy par moment, nous devons nous depasser chaque jours, parfois , nous remettre un peu en question, et nous tenir informé de tout pour savoir dans quel monde evolue notre bout de choux le lui retranscrier au mieux , et l'armer pour affronter ce monde.
Nous passons certaine journée le nez dans les ouvrages pour en savoir un peu plus sur tout, car il faut anticiper la curiosité du petit bonhomme , pour ne pas repondre dans le vent à ses questions .
Etre mère c'est être à l'apogée de nous même, plus femme que jamais !
Depuis le temps que j'ai l'impression de parler à des murs autour de moi, à sans cesse leur dire, à toutes ces filles, femmes, mères, à tous leurs maris, pères, à tous ces instits et autres éducateurs qui passent leur vie à traiter les enfants en ennemis, que leurs enfants ne sont pas le problème mais au contraire sa solution, ça fait du bien de le lire ailleurs.
Je fais le plus beau métier du monde, j'élève, je tire vers le haut, je fais croître des êtres humains, dans le respect et l'amour, pour qu'ils aient en eux des réserves de cela qu'ils pourront distribuer quand leur tour viendra. Ce métier est merveilleux, agréable, mais aussi épuisant, éprouvant, physique, stressant. Et la seule chose qui me complique la tâche c'est l'absence de ce que d'autres ont pour des boulots pourtant bien plus simples: des relais, des repos, des vacances, de la considération.
C'est tout de même l'avenir du monde que je prépare, zut!
Entendre des féministes (faites moi rire) réduire cet incroyable boulot à une bête aliénation aussi stupide que de pousser des charriots à la mine, c'est insultant (en plus je suis obsédée par la chasse au poil alors scusez mais me faire traiter de chimpanzé, ça me cloue. ;-D) mais c'est aussi très triste, je trouve.
Si le féminisme c'est prendre l'avenir du monde, les hommes et femmes de demain, pour un problème tout juste bon à être pondu comme un oeuf, nourri d'artifices et placé dans des lieux fermés d'où on est sûres de ne pas le voir sortir avant (sa majorité) l'heure dite, alors je ne suis pas féministe et pire, les féministes me font peur...
je me sents pleine d'energie quand je te lis, surtout apres une journée sur france inter avec elisabeth badinter...
je t'embrasse
melanie