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Élever son enfant autrement


La punition est-elle une alternative à la fessée ?

Publié par Catherine Dumonteil Kremer sur 10 Février 2007, 17:19pm

Catégories : #Elever son enfant autrement

Sur la liste Parents Conscients Il y a quelqu'un qui demandait une définition de la punition. Comme je vois son retour en force, j'ai envie d'ouvrir un fil sur ce thème.
Pour moi la punition consiste à priver l'enfant de quelque chose qu'il aime, ou qu'il attend et espère avec impatience parce qu'il n'a pas fait ce que nous souhaitions qu'il fasse, ou parce qu'il a commis des erreurs, ainsi nous espérons le conduire à l'obéissance c'est à dire à la soumission.
Tout ce que nous infligeons à l'enfant dans le but de lui faire comprendre quelque chose le blesse et c'est par conséquent une punition.
La réparation qui est acceptable quand elle est librement consentie, et qu'elle correspond au stade de développement de l'enfant, peut rapidement devenir sanction lorsque l'enfant y est contraint sans ménagement, ou qu'on lui impose une tâche démesurée par rapport à ce qu'il peut faire.
La punition fonctionne très bien avec la récompense, c'est son alliée. Ces deux-là sont parfaites pour conduire l'enfant là où nous souhaitons qu'il aille tant que nous serons là, il agira pour éviter la punition et obtenir la récompense.
C'est un système qui n'apprend rien à l'enfant, qui insulte son intelligence et sa sensibilité, c'est un mode de fonctionnement qui ne lui permettra pas de développer beaucoup d'attention à l'autre. Quand on a mal, on est centré sur soi, et on essaie juste de trouver rapidement un moyen pour que cela ne recommence pas.
Idem pour la récompense, ce que l'on a fait de satisfaisant n'est pas ressenti en terme de plaisir de donner, mais d'excitation à l'idée de recevoir, d'ailleurs quand on est récompensé c'est cela seulement qui motive nos actes, alors que le fait d'aider et de soutenir quelqu'un est très nourrissant pour un individu, en récompensant on court circuite le ressenti de ce plaisir, et évidemment une fois la récompense disparue on n'est plus motivé pour contribuer au bien être de l'autre.
Outre le fait que ce jeu manipulateur est totalement inefficace pour ce qui est de l'enfant, de sa compréhension de ce qui l'entoure et du pourquoi certaines actions sont à éviter ou au contraire utiles à la communauté, il nous poursuit et conditionne nos comportements d'adultes sous différentes formes. Nous recherchons malheureusement très souvent l'approbation des autres autour de nous, c'est une récompense, nous n'osons pas affirmer nos choix par crainte d'être punit par le jugement de nos pairs. C'est très difficile de se débarrasser de ces attentes, nous sommes évalués en permanence, nous ne "pouvons" pas être vraiment nous mêmes, ou contraire en rebellion en quasi permanence nous ne pouvons plus nous connecter aux autres avec confiance et sécurité, la constestation est devenue notre centre, nous ne pouvons pas être simplement nous mêmes, détendus, capables d'accepter la différence et de manifester la notre.
Je vois partout les effets d'une éducation basée sur cette injonction :"je t'aimerais si tu fais ce que je veux", on continue à croire qu'on sera aimé si on se soumet à l'autre, on l'aimera s'il nous "obéit", bien sûr ça prend des formes plus subtiles, quelque part subsiste le danger d'être vraiment soi même.
Si je l'ai écrit c'est que je vois partout resurgir la punition, sanction, ou tout autre chantage comme des alternatives acceptables à la fessée, mais ce n'est pas mieux loin de là !
Malheureusement la punition en tant que système éducatif a encore de beaux jours devant elle. Je l'ai même vu prôner dans un livre que je croyais très axé sur le parentage de proximité, "the science of parenting" certains connaissent peut-être ici. J'en ai été très déçue.
Vraiment je pense qu'on peut cesser de croire qu'en faisant mal à un enfant (psychologiquement ou physiquement) il va faire ce que nous voulons, s'il le fait c'est qu'il a peur, si nous le manipulons il deviendra manipulateur, il saura très bien sur quelle ficelle tirer pour être récompensé, et ce qu'il doit éviter de faire en présence de ses parents pour ne pas être puni. J'insiste beaucoup mais c'est très important de voir l'éducation ou l'accompagnement de nos enfants à long terme, ce qui nous facilite la vie aujourd'hui, pourrait bien construire le cauchemar de demain...
Bon week end à tous.

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Séverine 26/12/2011 19:04


Je suis contre les punitions et je m'efforce de trouver des alternatives. Je préfère la réparation de la faute quand elle est commise. Celui qui renverse son verre, c'est celui qui prend la
serpillière et qui ramasse. En revanche, si le verre se brise, c'est moi qui ramasse, car action qui pourrait être dangereuse pour un petit enfant. Dans ce cas, je place ma fille sur une chaise
avec interdiction d'y bouger tant que je n'ai pas fini de nettoyer. J'explique que c'est dangereux et pourquoi je la mets là, surtout si elle est pieds nus et que le risque de coupure est grand,
que les pantoufles ne sont pas à proximité et qu'il y a du verre partout. 


J'ai une fille très vivante du matin au soir. On doit se relayer mon mari et moi pour lui faire faire des activités. C'est parfois épuisant. Quand elle saute sur le lit alors que je lui ai
expliqué mille fois qu'elle ne doit pas le faire car elle tombe sur nous et ça nous fait mal. Je lui demande de s'asseoir et de rester assise et je surveille le réveil, 5 minutes en général, pour
qu'elle se calme. Et pour l'aider à se calmer, je lui dis de respirer lentement, d'écouter son coeur battre et on fait des mouvements de relaxation ensemble... Si ça ne marche pas, on quitte la
chambre.


Il m'arrive de me fâcher, de crier. Je n'aime pas ça. Mais un enfant en période de terrible two peut nous faire tourner bourrique. Je n'ai pas de baguette magique, ni de télécommande pour mettre
ma fille sur pause. Je dois gérer avec ma fatigue et mon dégré de patience. J'ai expliqué à ma fille ce qu'était la colère en lui présentant sous forme de couleur : du rose au rouge. Rose, c'est
le calme, rouge, c'est la grosse colère. Entre les deux, il y a des nuances. Quand je sens la colère monter, je le dis. Je l'exprime et je rappelle qu'il ne faut pas me mettre en colère
davantage. Mon mari arrive à tempérer les choses. Le fait de se relayer, ça aide beaucoup. Parfois, j'use d'un peu trop de fermeté, il adoucit les choses. Inversement, il se met en colère, je
désamorce le conflit. On reste humain malgré tout. On ne peut pas être au meilleur de sa forme tout le temps. Le souci aussi, c'est qu'il y a la norme imposée par notre société. Un enfant doit se
tenir de telle ou telle manière à l'extérieur au risque d'être catalogués de mauvais parents. C'est sans doute ça qui contraint les parents à sévir ou à punir pour rester dans une certaine norme.

Hélène 23/04/2010 17:40



@Marine : ce qui me dérange dans la comparaison, c'est que le fer BRULE, c'est une réalité physique de la vie, c'est tout. Il n'y met aucune intention, fut-elle éducative. Alors que maman, elle,
a le choix de taper/punir ou non ... Si elle le fait, elle le fait donc EXPRES. C'est assez différent, non ?



Hélène (encore) 23/04/2010 17:01



Je crois en un monde où il n'est pas nécessaire de punir les enfants (je ne punis jamais les miens, et ils sont en tout cas aussi coopérants que d'autres). Je ne vois pas l'intérêt de la
punition. Vraiment. J'ai beau tourner ça dans tous les sens, je ne comprends pas à quoi ça sert.


A faire obéir un enfant ? A le rendre attentif au danger ? A lui faire comprendre que ce qu'il a fait est mal ? A lui apprendre à faire attention aux autres ? A l'entraîner au fait que la vie
n'est pas un champ de roses ?


De toutes ces raisons, je dirais que seule la dernière est cohérente avec l'idée de punition - oui, en le punissant, je lui apprends très tôt que la vie est injuste (ce qu'elle est,
objectivement). Mais est-ce nécessaire ? Ne suffit-il pas de VIVRE pour s'en rendre compte ?


Même sans gros drame, il y a le chien qui fait une fugue et qu'on ne revoit plus jamais, le chat qui se fait écraser par une voiture, la super copine qui déménage, ou alors qui vous laisse tomber
pour une autre plus cool à ses yeux, le petit frère qui naît, ou la petite soeur qui est handicapée et qui prend tout le temps de maman, il y a le clochard en bas de l'allée, le monsieur qui lave
les vitres de la voiture au carrefour, ou ... la liste est longue de toutes les injustices auxquelles un enfant peut être confronté, parfois très jeune.


Y a-t-il vraiment besoin d'ajouter quoi que ce soit, VOLONTAIREMENT ?


J'ai tendance à penser qu'il serait plutôt mieux, au contraire, d'essayer d'être le plus juste possible (ça ne sera de toute façon jamais parfait), et d'être présent pour consoler l'enfant
confronté à une de ces nombreuses injustices. Qu'il y ait un endroit au moins où trouver du réconfort, une écoute, où se refaire une santé émotionnelle dans un monde qui n'est pas facile.
Histoire de croire à l'idée de justice, précisément - et de croire qu'elle est accessible, à notre portée, et qu'elle dépend de notre bonne volonté.


 



Hélène 23/04/2010 16:56



@Lutine : tout d'abord, quel âge a votre fille ? Tout dépend de ça.


"comment lui inculquer des valeurs" ? En ayant des valeurs, en vivant selon ces valeurs, et en interagissant avec elle en respectant ces valeurs, en gros : en incarnant nos valeurs. Les enfants
prennent beaucoup exemple sur nos actes, bien plus que sur les jolis discours qu'on leur fait.


Il peut être intéressant de débusquer les valeurs qui se cachent derrière nos actes - qu'est ce que cela veut dire, par exemple, de penser que les enfants doivent obéir aux adultes ? Par
ailleurs, quelles sont les valeurs des gens qui nous conseillent, les psychologues, les enseignants, les pédiatres ? Quelle est LEUR vision du monde, de l'enfance, de la normalité ? Que
disent-ils sur les gros mots comme liberté, par exemple ?



Emilie 23/04/2010 16:26



Qu'il est difficile d'accompagner un enfant sans violence . La punition est un recours presque systématique quand le quotidien nous opresse, quand le passé ressurgit, quand les douleurs ne se
cicatrisent pas. On ne punit pas seulement un enfant, on se punit soi même de quelques choses qu'on nous a enlevés, le fait d'être soi.Il est tellement plus facile de punir, en 5 min c'est réglé.


Accompagner l'enfant dans son développement, est dur au quotidien, c'est se remettre en question, c'est réévaluer sa personne, son entité familiale, ses valeurs, ses traditions. C'est aussi
comprendre qu'un enfant est une personne pas un objet que l'on choisi de soumettre au bon vouloir de nos principes.


Non la punition n'est pas une solution. Mais pour trouver des solutions peut être faudrait il partager ensemble, entre parents conscients de ce qui se passe, de nos limites, et d'apprendre des
autres. Se nourir de l'expérience de chacun pour donner à nos enfants l'amour néceassaire pour qu'il devienne un adulte .


 


 



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