Articles, idées, astuces de la pionnière de la parentalité positive en France, Catherine Dumonteil Kremer
9 Janvier 2015
Les événements dramatiques de ces derniers jours ont atteint la plupart d'entre nous de plein fouet… Nous avons rendu hommage aux 12 personnes disparues, manifesté notre soutien aux familles, pensé aux blessés… Dans ce contexte chaotique les enfants peuvent se sentir inquiets et désemparés. Certains parents ont fait le choix d'expliquer, d'autres ont préféré préserver leur progéniture.
Il est des périodes où nous sommes plongés dans la confusion, que devons-nous faire ? Dire ? Alors que nous sommes nous-mêmes choqués, qu'un fort sentiment d'impuissance nous envahit.
Les jeunes enfants ne peuvent faire face à la violence des images montrées sur internet, à la télé, c'est un premier point important, essayer de les protéger au maximum de cette brutalité qui n'a aucun sens pour eux et qu'ils n'ont pas les moyens affectifs et intellectuels de comprendre est essentiel.
Les enfants auront des questionnements, peut-être auront-ils entendu des éléments de l'histoire relatée par des camarades de classe, peut être le sujet aura-t-il été abordé à l'école, à moins que vos enfants branchés sur vos émotions ressentent un malaise et éprouvent le besoin d'exprimer ce qu'ils éprouvent. Ils seront parfois victimes du syndrome du biscuit cassé, ou autrement dit ils essaieront d'évacuer des émotions (tristesse, colère, rage) en prenant pour support un événement mineur. Cela les aidera à relâcher les tensions. Dans ce cas, rester présent et à l'écoute leur donnera le soutien nécessaire.
C'est le moment de donner quelques explications simples sur les faits. Si vous ne trouvez pas les mots, cette édition du « p'tit quoti » pourra vous y aider, elle est téléchargeable gratuitement et donne les éléments de base qui permettront à votre enfant de connaître les faits sans être effrayés outre mesure.
http://www.lepetitquotidien.fr/
Rassurer au maximum les enfants, même si les actes de terrorisme sont imprévisibles, un attentat en France est un événement exceptionnel, et nos services de police font au mieux pour nous en préserver.
Rassurer c'est aussi se rapprocher, s'étreindre, rester ensemble, pour faire baisser les tensions.
Connaître les faits c'est important, les comprendre c'est tout autre chose. Comment des êtres humains peuvent-ils commettre l'irréparable ? Diaboliser des individus, dire qu'il y a de bonnes personnes et de mauvaises personnes peut donner une vision très insécurisante du monde à un enfant. En réalité nous vivons aux côtés d'individus qui « dysfonctionnent » et le plus souvent parce qu'ils ont été violentés pendant leur enfance et qu'ils n'ont pas pu ou voulu soigner leurs blessures et exprimer leur colère dans un cadre thérapeutique. C'est la violence que nous voulons éliminer, pas les personnes. Les individus ayant commis des actes criminels sont pris en charge par notre système judiciaire.
Nous essayons personnellement de lutter contre notre colère d'enfant, nous souhaitons donner à nos enfants l'exemple de personnes qui tentent de trouver des solutions pacifiques aux conflits qui peuvent surgir dans la famille. Chaque jour nos petits sont exposés à nos manquements et à nos efforts pour écouter, expliquer et réparer. Ce que nous essayons de faire dans nos familles pourrait être fait à l'échelle de notre société.
En tant qu'enfant nous avons espéré vivre dans un monde accueillant et juste. Nos enfants attendent de nous que nous ne laissions pas tomber cette idée. Les rassemblements qui ont lieu un peu partout en France montrent la solidarité dont nous sommes capables, elles sont empreintes de recueillement et les enfants peuvent apprécier d'y participer. Ils peuvent éclairer la bougie à poser sur le bord de la fenêtre, symbole de notre soutien aux victimes, ils peuvent vraiment participer à l'élan collectif.
Mais pour nous ce qu'il y a de plus important et de plus efficace c'est de montrer aux enfants que nous ne baissons pas les bras, que nous continuons à promouvoir l'accompagnement bienveillant dans nos familles, il est vital pour l'avenir de notre société.
C'est par nous-mêmes que nous pouvons commencer le travail pour donner à nos enfants l'amour, l'écoute et la compréhension dont ils ont tant besoin.
Cet événement a réveillé en nous de l'indignation, une énergie forte qui pourrait être mise au service des enfants et des parents, ce sont eux qui en bannissant la violence de leur famille feront en sorte qu'un tel drame ne se reproduise pas.
Montrer une telle détermination aux enfants les aidera à avoir à nouveau confiance en l'avenir…
Catherine Dumonteil Kremer
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